Le retour de Rugendas en 1825 (via Bahia)

Notes et documents

Compilés par Pol Briand.

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Table

Lettre de Moritz Rugendas
Texte allemand.
Sources.
Bibliographie.
Sources d'archives sur la station navale du Brésil
Marine française au Brésil:
La station navale en 1822-1825.
A propos du passage à bord des navires du Roi.
Le L.V. Parseval, cdt. du Faune.
Le L.V. Jullien, cdt du Bayonnais.
Les opérations navales françaises au Brésil en 1825.
La mission du Bayonnais.
Document:
Rapport du C.V. Bourdé (mouvements du Faune et du Bayonnais).
Pourquoi Parseval s'attarda-t-il à Bahia?
À bord de la Louise
La Louise, du Havre, trois mois à Bahia en 1825.
Documents:
Extrait du Rôle de Bord de la Louise.
Dépèche du Consul français sur le commerce maritime à Bahia en 1825.
Le passeport français du Bavarois Rugendas.
Documents:
Dépèche du Consul Général de France sur les passeports accordés à des étrangers., en réponse au Ministre qui lui demande de cesser d'accorder des passeports et des cautionnements à des ressortissants d'autres pays européens que la France.
Extrait de 30 mois de ma vie, de J.-B. Douville, à propos des tracas judiciaires dont pouvaient être victimes les étrangers.
Pourquoi les passagers de la Louise durent-ils attendre trois jours pour débarquer?
Surveillance policière des Brésiliens débarqués de la Louise.
De 1820 à 1830 la police exerça une surveillance sur les ressortissants brésiliens en France. Les rapports, conservés, et qui contiennent les passeports brésiliens originaux, nous permettent d'en savoir plus sur les compagnons de voyage de Rugendas.
Conjectures: pièces justificatives
Documents:
Diario Fluminense - NOTICIAS MARITIMAS.
Lettre de Rugendas annonçant sa défense (Augsburg, 8 décembre 1825).
Notices biographiques
Bourdé de Villehüet, François-Marie (1775 - après 1841).
Jullien, Mathieu (1788-1833).
Parseval-Deschênes, Alexandre Ferdinand de (1790-1860).
Rivry, Théodat Jean-Baptiste Le Bastier de (1785-1829).

Lettre de M. Rugendas

Mein theurer Vater! / Endlich finde ich Gelegenheit dir mein l. Vater u. Freund von meinem Leben u: meiner unbezweifelt nun nicht mehr fernen Rückkunft Nachricht zu geben. Seit dem 29. Maerz bin ich nach einer 11 monatlichen Abwesenheit wieder hier eingetroffen und fand deine theuern Aug. Sept.u. 2. Dec. Briefe mit liebtheuern Einlagen die ich zum Theil bis jetzt nur nicht beantworten wollte, weil ich den Tag meiner Abreise nicht bestim(m)en kon(n)te, u. heute wieder nicht beantworte, da mir von dem Abgang des Hamburg, an dessen Bord ich sogleich diese Zeilen überliefern werde, zu spaet Anzeige zu kam. Dieses Blatt soll also nur dazu dienen, dich zu benachrichtigen daß ich den 30 May mit der Königl. franz. Krieg Brigg La Phaon, Com. Perceval nach Bahia absegle, von wo ich wieder nach Verlauf weniger Tage an Bord der Fregatte la Bajonneuse nach Braest abgehen werde u. dort mit Gottes Hülfe im August einzulaufen hoffe, sende mir daher dahin deine Nachrichten poste restante.
Ich schreibe in den 14 Tagen meines hiesigen Aufenthaltes wohl noch einmal und ein ausführlich mit Einlage an werthe Freunde ... Lebet glücklich u. wohl biß zum freudigen Wiedersehen deines dich unendlich liebenden und verehrenden Sohnes
Moriz Rugendas
bald
Exbrasilianich

 

 A Monsieur / Monsieur J. L. Rugendas / Peintre et Professeur / 32 / Augsbourg  - Arr.  Hamburg d. 4 August 25 J. l. f. Hagedorn  [stamp] HAMBURG Aug. 5 [et de la main de J.L. Rugendas (père):]  Erhalten. d. 11. Aug: 1825.  - papier Whatman léger, 1822. 25x19.9 cm.

Source:

Le texte et des images de cette lettre, ainsi que de plusieurs autres, a été d'abord publié sur Internet en 1999 par MM. Lüder H. Niemeyer & Jan Hendrik Niemeyer, antiquaires.

C'est à la suite de cette heureuse initiative que nous avons résolu de rechercher dans les Archives maritimes les précisions que l'on pouvait attendre à partir des dates et des noms de navires et de marins.

Voir:
http://www.ridinger-niemeyer.com/rugendas/28291_d.htm (German version)
http://www.ridinger-niemeyer.com/rugendas/28291_e.htm (English version).
(Le site www.ridinger-niemeyer.com publie également d'autres lettres)

Cette lettre a été également publiée dans COSTA & DIENER, A América de Rugendas -- Obras e Documentos, Rio de Janeiro, 2000.


Bibliographie

Sources imprimées pour la biographie de Moritz Rugendas


Sources de l'histoire maritime

Archives de la Marine versées aux Archives Nationales :

Ces cotes correspondent à des volumes où sont reliées les correspondances reçues des commandants des unités, quelle que soit leur taille, escadre, division ou bâtiment isolé. Ils comportent aussi souvent les instructions envoyées. Mais les correspondances entre les navires d'une même unité (pour nous, la Station du Brésil) ne s'y trouvent pas. Nous ne les avons pas retrouvées pour la période du commandement du Contre-Amiral Grivel.

Archives de la Marine au Service Historique de la Marine, Vincennes :

Dossiers personnels

Les dossiers personnels contiennent l'état-civil des marins, des états de service, et tout ce qui peut contribuer à établir leurs prétensions à l'avancement: extraits de rapports de supérieurs, certificats, correspondance, sollicitations, lettres de recommandation. Ils contiennent aussi parfois des correspondances sur des questions militaires et politiques avec le contre-amiral Halgan, le très influent directeur des Personnels de la Marine. Ces rapports doublent, sur un autre ton, ceux adressés au ministre.

Dossiers de navires

Papiers d'officiers

Registre contenant les minutes des ordres et dépèches expédiés par le Capitaine de Vaisseau Gautier, commandant de la station du Brésil, à partir de son arrivée à Rio de Janeiro le 26 juin 1825.

Archives de la Marine dans les ports

Une quantité de documents qui se devraient se trouver à Brest a disparu dans les destructions de la seconde guerre mondiale.

Archives de la marine de commerce

Archives du Ministère des Affaires Etrangères

Correspondances Consulaires et commerciales

Source imprimée


La marine royale française au Brésil, 1822-1825.

La station navale.

L'histoire des relations entre la France et le Brésil à l'époque de son indépendance politique est un sujet trop complexe pour être développé ici. Nous tenterons toutefois de répondre à une question que nous nous sommes posé au cours de notre enquête sur la fin du voyage de Rugendas: pourquoi la France maintint-elle une force navale permanente au Brésil?

A la paix de 1815, la monarchie française restaurée amorça des relations diplomatiques avec la monarchie portugaise exilée au Brésil. Une ambassade partit pour résoudre quelques questions litigieuses, comme celle de la restitution de la Guyane, et le Ministère des Affaires Etrangères nomma le colonel Maler, ex-colonel de l'armée portugaise, Consul Général à Rio de Janeiro, afin de tenter de faire profiter le commerce français de l'ouverture des ports déclarée en 1808, mais qui n'avait pas eu d'effet pour la France pendant les guerres napoléoniennes. Cet agent, fort occupé au début de questions politiques et de la surveillance des bonapartistes exilés, rendit aussi compte de la forte présence navale anglaise, ce qui sans doute, étant donné la rivalité entre les deux nations, ne fut pas étranger à l'implication de la Marine, qui envoya, en 1819-1820, une mission hydrographique dans l'Atlantique sud, aux côtes d'abord de l'Afrique, puis du Brésil. Son commandant, le Capitaine de Vaisseau Roussin, réussit, en plus de sa mission principale, à faire admettre à Rio le caractère amical des actions françaises, et à fournir un rapport sur la situation du Brésil au point de vue économique et politique. A partir de ce moment, l'action de la Marine doubla au Brésil celle de la diplomatie.

Le Capitaine de Vaisseau Jurien de la Gravière alla en 1820-1821 montrer aux riverains de l'Amérique du Sud, Atlantique et Pacifique, la puissance française représentée par le vaisseau de 74 canons le Colosse. Les monarchistes français se préoccupaient des indépendances de l'Amérique espagnole, toutes républicaines, dont les corsaires, que l'on se plaisait à appeler pirates, troublaient le commerce maritime. Ils furent le prétexte de l'installation, à partir de 1822, de la station navale française du Brésil. Le seul corsaire pris dans la région par un navire français fut le Général Quitanilla, capturé par la corvette la Diligente, cap. Billard, de la station des Mers du Sud (océan Pacifique). Mais Jurien, en rentrant en France en 1821, avait amené, avec les nouvelles de l'arrivée au Brésil de l'esprit constitutionaliste qui avait déjà saisi l'Espagne et le Portugal, de nouveaux sujets d'inquiétude. La mission des navires français stationnés au Brésil pouvait dès lors aussi bien être comprise comme incluant le soutien à la monarchie portugaise. L'indépendance du Brésil déclarée fin 1822 par don Pedro, fils du roi de Portugal, fut interprêtée par les ultra-monarchistes comme une trahison, renforcée par le titre d'Empereur qu'il se donna, qui se référait à tout autre chose que la légitimité dynastique. Tandis que sur place les représentants français (le comte de Gestas avait remplacé le colonel Maler comme Consul général en juin 1822) sympathisaient avec les Brésiliens, le ministère français se montrait plus que réservé. L'invasion de l'Espagne par la France en 1823 pour y rétablir le pouvoir absolu d'Alphonse VII renforça d'autant plus les inquiétudes des Brésiliens, qu'elle fut suivie de l'envoi à Rio de Janeiro d'un vaisseau de 74, le Jean-Bart. Mais les diplomates et les marins en poste au Brésil se prononcèrent nettement contre une intervention militaire. En 1825, la force navale fut redéployée et la station du Brésil diminuée, mais l'insurrection de Montevideo et le blocus déclaré par le Brésil contre ce port, en septembre, préparait aux marins de nouveaux problèmes.

La station navale française fut installée en 1822 par le Contre-Amiral Roussin lui même, mais après six mois il laissa le commandement au Contre-Amiral Grivel, qui, dans son rapport de 1823, s'affirme explicitement son disciple en matière de politique brésilienne. L'effectif ne fut jamais très considérable, étant donnée l'étendue du territoire couvert. Elle comporta un vaisseau de 74 seulement en 1824-1825, et une ou deux frégates, plus autant de corvettes et de brigs, assurant leur fonction de liaison.

Le Brésil, contrairement à l'Afrique, jouissait d'une bonne réputation au plan sanitaire. Pour les officiers de marine, cette affectation n'était certainement pas méprisable, bien qu'assez éloignée des contacts sociaux qui pouvaient favoriser les carrières. Le service y impliquait une action à la fois maritime et diplomatique au Brésil, avec des contacts suivis avec les Anglais. Parmi les commandants des bâtiments de la station en 1822-1825, on trouve, outre Roussin et Mackau qui furent ministre de la Marine, Grivel, de Moges, Dupetit-Thouars qui s'illustrèrent à divers titres, et Parseval qui finit Amiral au terme d'une lente ascension.

A propos du passage à bord des navires du Roi

Dans la marine royale française comme dans les autres, l'exploitation par les officiers des navires qui leur étaient confiés pour des transports soit de marchandises, soit de passagers à titre lucratif était une faute lourde. L'action diplomatique, si importante à la station du Brésil, utilisait par contre largement la bonne manière que constituait le transport de militaires, d'agents du gouvernement, de diplomates de toutes nations, et d'une façon générale de personnes influentes. Ainsi que l'écrit le Contre-Amiral Grivel, commandant de la station du Brésil, dans son rapport du 30 septembre 1825:

Ainsi, Monseigneur, le but principal de la Station a toujours été de faire des amis à la France, tout en remplissant son service. Elle n'a épargné ni soins ni attentions de tout genre pour l'atteindre, comme le prouvent de reste et le soin qu'elle a constamment pris d'annoncer les bonnes nouvelles et les nombreux passages qu'elle a accordés à des personnes influentes (...). Tous les Capitaines ont rivalisé de zèle dans ces complaisances onéreuses et journalières et se sont comportés avec une générosité digne de leur pays.

Le Brésil en 1825, Mémoire adressé par le C.A. Grivel au Ministre à son retour en France après trois ans de commandement de la Station navale dans ce pays, Brest le 30 septembre 1825, A.N. MAR BB/4/1023, p. 53.

Du point de vue de la carrière des officiers, c'était, avec les prouesses militaires, les talents de commandement, de navigation, de planification stratégique et de réalisation tactique, avec la participation à des manoeuvres, les travaux hydrographiques ou l'implication diplomatique, un moyen de démontrer leur zèle pour le service. Les quelques refus de transporter des personnes adressées par les consuls ou même par d'autres officiers que l'on rencontre dans la correspondance montrent que certains, soit qu'ils fussent pauvres, soit qu'ils se fissent une autre idée de leur position et de la discipline militaire, n'acceptaient pas volontiers de rendre ces services onéreux et peu réglementaires.

Le L.V. Parseval, cdt. du Faune.

Le Lieutenant de Vaisseau Parseval, commandant du Faune, était de ceux qui sont loués - peut-être faute de services plus remarquables - pour leur bonne volonté à transporter des personnes. Il était le fils d'une branche cadette d'une riche famille qui avait accédé à la fin du grand siècle à la noblesse par l'achat d'une charge de Secrétaire du Roi. Pendant la Révolution, cette famille se divisa entre émigrés et serviteurs du nouvel Etat, et Alexandre Parseval-Deschênes, père du commandant du Faune, devint Intendant des Finances. Le jeune Ferdinand Parseval-Deschênes était entré à 14 ans dans la marine; sa carrière n'avançait pas très vite. En juillet 1825, âgé de trente-cinq ans, il espérait figurer sur la liste des promus à Capitaine de Frégate. Ses sollicitations précédentes pour de l'avancement étaient restées infructueuses, alors même que Dupetit-Thouars, qui commandait l'autre brig de la station, son cadet de trois ans et Lieutenant de Vaisseau seulement six mois avant lui, avait été promu l'année précédente. Parseval déployait donc la meilleure volonté pour le transport de personnes utiles à la diplomatie de son pays, et veillait à ce que les témoignages de satisfaction soient transmis à la Direction des personnels:

Je ne dois pas laisser ignorer la conduite du capitaine Parseval qui a passé M. de Mandeville à Rio-Janeiro et qui le reporte à Buenos-Ayres sans frais et sans formalités, c'est-à-dire de la manière la plus noble et la plus amicale, et qui s'efforce ainsi de payer sa part de la dette contractée par toute la Marine.

Dossier personnel Parseval, pièce 42, Extrait d'une Lettre du C.A. Grivel, RJ 30 sept 1824.

Le brick le Faune est entré en cette rade le 8 décembre, de retour de Montevideo. Mr. le commandant Parseval qui a éprouvé une très grave maladie, n'est pas encore dans un état de santé à ne pas laisser d'inquiétude. Je l'engage à se fixer à terre à ma campagne ainsi que les médecins le lui conseillent; mais jusqu'à présent son zèle pour son service ne lui a pas fait céder à nos représentations.

Dossier personnel Parseval, pièce 43, Extrait d'une lettre de Gestas, Cons. G.al Fr. RJ le 19 dec. 1824

Mais le Contre-Amiral Halgan, Directeur des Personnels de la Marine, et autorité en matière de promotion, recherchait pour établir les listes d'avancement l'approbation du corps des officiers en utilisant pour le choix des critères strictement professionnels. Malgré les appuis dont Parseval pouvait jouir (il semble avoir eu quelque lien de parenté avec le premier ministre Villèle), d'autres lui furent préférés jusqu'en 1827.

L'E.V. Jullien, cdt du Bayonnais.

Parseval avait rencontré l'Enseigne de Vaisseau Jullien lors du voyage précédent du Bayonnais, quelques mois auparavant. Jullien, fils d'un maître de forge de Bretagne, pouvait sans doute aussi se permettre d'accueillir des invités à son bord. Il en avait pris à son précédent voyage, à la demande du Consul Général à Rio. Dépourvu d'appuis, il avait dû solliciter pour obtenir un embarquement, et déploya pour sa mission toute l'activité souhaitable, écrivant un solide rapport sur la navigation vers et au retour du Brésil et sur la situation politique dans les ports qu'il avait pu visiter. Il fut promu Lieutenant de Vaisseau alors qu'il accomplissait sa deuxième mission.

Les opérations navales françaises au Brésil en 1825.

Au début de l'année 1825, la station française au Brésil se composait du vaisseau le Jean-Bart, de la frégate la Magicienne de la corvette l'Echo, des brigs le Faune et l'Inconstant. La corvette et le brig l'Inconstant assuraient en général le service à Bahia et Pernambuco, les autres navires couvrant surtout le sud, bien que le vaisseau se fusse montré partout.

La station attendait son ravitaillement fin avril par le Bayonnais. Mais avant même que le transport ne quitte Brest, une goëlette en partit discrètement, avec l'ordre secret pour le Contre-Amiral Grivel de se rendre avec le Jean-Bart et la Magicienne aux manoeuvres d'escadre qui allaient se dérouler, sous les ordres du Contre-Amiral Jurien, dans la mer des Antilles. Grivel laisserait entendre en partant qu'il reviendrait au Brésil sous peu, bien qu'il fusse ensuite destiné pour la France; le Capitaine de Vaisseau Bourdé prendrait le commandement par intérim de la station. A l'arrivée du Capitaine de Vaisseau Gautier sur la frégate l'Aréthuse, Bourdé rentrerait en France sur la corvette l'Echo, laissant sous les ordres de Gautier la station réduite à une frégate et deux brigs.

La mission du Bayonnais

Le Bayonnais, gabare de 300 tonneaux, 8 canons, construite en 1817, appareilla le 12 mars de Brest pour approvisionner la station du Brésil à Rio de Janeiro. Elle portait soixante-seize mille rations de campagne et des caisses à eau en fer pour en équiper les bâtiment, une innovation hygiénique dans la marine de guerre française cette année là. Le Bayonnais avait notoirement des difficultés à remonter au vent, ce que l'Enseigne nota consciencieusement dans son rapport; mais il arriva devant Cabo Frio dès le 4 mai. Rencontrant le Jean-Bart, la Magicienne et l'Inconstant, il reçut l'ordre de les accompagner. Le transbordement des provisions de ces bâtiments fut effectué en mer; le brig repartit pour Rio aviser Parseval d'avoir à se ravitailler à Bahia, où le Bayonnais se rendit en quittant l'escadre. Il y trouva le Capitaine de Vaisseau Bourdé qui, trouvant ce port trop excentré, modifia de nouveau les ordres et emmena le transport à Rio où le nouveau commandant de la station, le Capitaine de Vaisseau Gautier, prit de nouvelles dispositions.

L'intention de Monsieur le Commandant Bourdé en m'emmenant dans ce port, était de faire mettre à terre le chargement du Bayonnais; mais le Consul Général ayant fait observer qu'une telle opération nécessiterait de grandes dépenses, tant pour les frais de douane que pour le magasinage, il a été décidé que j'attendrais à Rio de Janeiro l'arrivée d'un assez grand nombre de bâtimens du Roi, pour qu'en remplaçant leurs vivres au fur et à mesure qu'ils les consommeraient, je puisse être totalement déchargé.

Rapport du L.V. Jullien, cdt le Bayonnais, le 13 décembre 1825 - Archives de la Marine, Campagnes 1825:10, BB/4/470.

La douane brésilienne refusait en effet le dépôt hors douane des approvisionnements des navires de guerre français, et Jullien dut se soumettre à une désision qui transformait le Bayonnais se en entrepôt flottant, et qui, si elle prolongeait son commandement, le forçait à enfreindre les ordres écrits reçus au départ. Le Bayonnais ne repartit que le 15 septembre, pour arriver à Brest le 13 décembre après une escale à Bahia et un bref arrêt sous voile devant Pernambuco.

Le Rapport du C.V. Bourdé, commandant de la station par intérim

Capitaine de Vaisseau de 50 ans, François Bourdé de Villehuët étant l'officier de rang la plus élevé devait logiquement assurer le commandement de la station après le départ du Contre-Amiral Grivel. Il rendit compte de la mission du Bayonnais pendant son bref intérim en ces termes:

Capitaine de Vaisseau Bourdé de la Villehuët
commandant la corvette l'Echo

au Ministre

Toulon le 12 septembre 1825

(...)

Je me trouvais à Bahia, Chef lieu de la partie Nord de la Station du Brésil, lors de l'arrivée de la gabare le Bayonnais le 18 mai. Ce bâtiment chargé de vivres pour la station avait rencontré M. Le Général Grivel sous le Cap Frio, faisant route avec la frégate la Magicienne et le brig l'Inconstant. Il ordonna à la gabare de le suivre, & expédia le brig porter l'ordre au Faune, qui était resté à Rio-Janeiro, de se rendre à Bahia; où son intention était de réunir toute la Division pour faire la prise des vivres. Les circonstances du tems ayant changé ses premières dispositions, le Général m'expédia, le 9 mai, le Bayonnais avec des Instructions pour le commandement de la station qu'il me remettait, pendant son absence, avec ordre de me rendre à Rio de Janeiro avec les deux brigs & d'expédier la gabare pour Brest. Le 21, l'Inconstant me rallia. Je sus que le Faune avait commencé des réparations et ne pouvait être prêt avant un mois. En complétant tout ce que les bâtimens pouvaient prendre, la gabare restait à peu près chargée. Je n'ai pas jugé convenable de placer le dépôt des vivres à Bahia, trop éloignée du point central de la Station et sur lequel aucun bâtiment de guerre venant de France n'est dirigé.

La position du Faune qui l'empêchait d'exécuter l'ordre qu'il avait reçu, l'annonce de nouvelles insurrections dans les provinces de Seara et de Maragnon m'ont déterminé à prendre le parti d'envoyer M. Dupetit-Thouars [commandant de l'Inconstant] à Pernambouc pour connaître le degré d'importance des nouveaux troubles, et de mettre en mer, tout de suite, avec le Bayonnais pour me rendre à Rio de Janeiro.

Le 27 j'étais sous voiles. L'Inconstant, occupé à réparer son gréement en très mauvais état, devait appareiller le lendemain 28.

Contrarié par le tems et le défaut de marche des deux bâtimens, je n'ai pu atteindre Rio de Janeiro que le 13 juin. J'ai éprouvé le désagrément de m'être croisé en mer avec le Faune qui était parti depuis le 4. Ayant prévu la possibilité d'un contretems, j'avais laissé l'ordre à M. Parseval de revenir sur le champ à Rio de Janeiro.

Rapport du C.V. Bourdé de la Villehuët - Archives de la Marine, Campagnes 1825:8, BB/4/468 ff. 73-76.

Pourquoi Parseval s'attarda-t-il à Bahia?

Arrivé à Bahia le 15 juin, y trouvant l'ordre de "revenir sur le champ" à Rio de Janeiro, Parseval y resta cependant dix jours. C'est sans doute qu'il recevait de la part du consul Guinebaud une demande contraire. Le Consul, en effet, transmet avec insistance au ministère ses inquiétudes et celles du commerce, le 11 mai: "Les esprits sont néanmoins toujours agités" puis le 29 mai: "L'horizon politique de la Province de Bahia a menacé de se charger de nouveaux nuages"; il ait probable qu'il ait insisté auprès de Parseval pour faire durer la présence rassurante d'un navire de guerre français.


À bord de la Louise

Un voyage de commerce en 1825

La Louise quitta le Havre le 7 février, chargée avec "du vin, des vinaiges &c. pour 125 000 fr.", selon l'Etat de la Navigationw du Consul de France à Bahia. Arrivée dans ce port le 31 mars 1825, elle y resta jusqu'au 3 août, et rentra au Havre le 25 septembre.

L'équipage de 13 hommes comprenait d'abord un groupe de 9 hommes autour du capitaine, du second et du lieutenant, auxquels furent adjoints 4 autres à l'aller, dont trois quittèrent le navire à Bahia, et deux furent remplacés.

Le Capitaine (à 150 fr. par mois) Jean-Baptiste de Rivry, 40 ans, était natif de la Rochelle et inscrit au Havre, ainsi que l'un des matelots à 45 fr. par mois, âgé de 31 ans. Le second (à 120 fr. par mois), Sénateur Fournier, et le lieutenant (80 fr. par mois), Louis-Ange Colas, 26 ans tous deux, étaient inscrits à Granville, et quatre des matelots à 45 fr. par mois, âgés de 24 à 29 ans, étaient originaires et inscrits à de Saint-Malo et à Granville; le novice (35 fr. par mois) de 19 ans, était originaire de Blainville, dans la même région, comme le capitaine en second. Ces hommes seront rejoints par un cuisinier (à 60 fr. par mois) non inscrit maritime, Prosper Rubillard, qui débarquera à Bahia d'accord avec le capitaine pour être remplacé par un des matelots; par Pierre Happey, matelot de 28 ans né à Honfleur et inscrit à Rouen, qui, ayant d'ailleurs touché à Rouen une avance de 45 fr. du Charles sur lequel il n'embarqua pas, désertera à Bahia; par un mousse (25 fr. par mois), un jeune Malouin de 15 ans, orphelin de père, qui débarquera à Bahia d'accord avec le capitaine, sans percevoir le mois de gage qui lui est dû; et enfin par un matelot de 40 ans embarqué (à 45 fr. par mois) au dernier moment, inscrit à Cherbourg. La Louise prend deux passagers pour Bahia, un "constructeur de navires" de 22 ans et un "matelot de 2e classe" de 31 ans natif du Havre et demeurant au Brésil.

A Bahia, le cuisinier quitte le bord après dix jours et est remplacé par un matelot, qui passe à 60 fr. par mois, le 24 avril. Le lendemain, le matelot Happey, qui comptait peut-être sur la place, déserte. Le 5 mai, le mousse débarque. Le 10 juin, "Fortunato Maria, nègre libre âgé de 25 ans né à la côte d'Afrique" est engagé comme domestique à 30 fr par mois. C'est le salaire du mousse, et à cette date, il n'y a encore qu'un seul passager, si l'on en croît les visas. Le 25 juin, le navire se prépare à partir, engageant un matelot portugais (ou brésilien), mais le chargement traîne encore plus d'un mois, car le commerce est perturbé, et la Louise ne lève l'ancre que le 3 août. Les passagers ont pour la plupart attendu le dernier moment pour faire viser leur passeport.

Souces: Boilleau, Consul de France à Bahia, Etat de la navigation en 1825, adressé à la Chancellerie le 10 mars 1827, Archives du Ministère des Affaires Etrangères, Correspondance Consulaire et Commerciale, Bahia, vol. 2, f. 90. -- Rôle de bord de la Louise, Archives de l'Inscription Maritime, Archives Départementales de la Seine-Maritime 6P6/47 No. 414. -- Police Politique, Objet Généraux, Surveillance des Portugais et Brésiliens, passagers de la Louise, Archives Nationales F/7/6734 dossier 17.

Extrait du Rôle de Bord de la Louise.

Port du Havre

Armement au mois, année 1825
la Louise (3 mâts) allant à Bahia

Rôle de l'équipage dudit navire construit en France
à Caen, du port de 259 tonneaux 6/94 armé de 2 canons, tirant d'eau, chargé, 4 mètres 22 centimètres, et non chargé, 3 mètres 60 centimètres, Un pont, ----- gaillard, appartenant à M. Michel de la Barraque et armé au Havre par les propriétaires, sous le commandement du Sr. Le Bastier de Rivry, pour aller à Bahia

Muni d'un certificat de visite délivré au Hâvre sous la date du 15 X.bre 1824 & 25 janvier 1825.
...

Passagers pour le Havre:

Salustiano Joze Pedrozal, natif de l'île d'Itaparica au Brésil, demeurant au Brésil. Etudiant, embarqué le 3 août 1825, débarqué au Havre le 28 septembre 1825, et renvoyé à la disposition de l'autorité civile. Muni d'un passeport français.

Pierre Benoît Loups, natif de Carcassonne. Negociant, embarqué le 3 août 1825, débarqué au Havre le 28 septembre 1825, et renvoyé à la disposition de l'autorité civile. Muni d'un passeport français.

M. Rugendas, natif d'Augsbourg, département de Bavière. Artiste, embarqué le 3 août 1825, débarqué au idem [Le Havre]. Muni d'un passeport français.

José Gallo Acaiuba Tabiunal, natif de Bahia, département de Brésil. Propriétaire, embarqué le 3 août 1825, débarqué au idem [Le Havre]. Muni d'un passeport portugais.

Antonio Joze da Purificação. Etudiant, embarqué le 3 août 1825, débarqué au Havre
le 28 septembre 1825, et renvoyé à la disposition de l'autorité civile. Muni d'un passeport portugais en double expédition.

Severino (homme de couleur). Domestique, embarqué le 3 août 1825, débarqué au Havre le 28 septembre 1825, et renvoyé à la disposition de l'autorité civile. Muni d'un passeport - compris sur le passeport du précédent.

José Felix de Menezes, Etudiant, embarqué dat. cit. débarqué dat. dit.

Archives de l'Inscription Maritime du port du Havre, aux Archives Départementales de Seine-Maritime, CP/6/47 n. 414.

Dépèche du Consul français sur le commerce maritime à Bahia en 1825.

Guinebaud, consul de France à Bahia, au Ministre.
Bahia, le 19 juin 1825

Par suite du mouvement extraordinaire de hausse qui s'est manifesté en Europe sur les principales denrées coloniales, les sucres et les cotons sont montés dans cette province & dans celle de Pernambouc à des prix inconnus jusqu'à ce jour. Les négociants anglais & hambourgeois se sont à la lettre disputé tout ce qu'il y avait d'existant sur la place. Les importations de marchandises d'Europe n'étant pas en proportion avec l'exportation des produits de la province, & le besoin d'argent comptant se faisant sentir pour l'excédent des achats, il en est résulté une dépréciation des traites sur l'Europe, une hausse du change d'environ 25% en faveur du Brésil.

Cet état de choses extrêmement favorable aux fabricants étrangers, qui se trouvent ainsi surchargés d'un bénéfice inespéré, contrarie par une conséquence inverse les opérations du Commerce d'armement qui ne trouve plus rien à charger, en sorte que les bâtiments se frêtent presque pour rien & s'en retournent même à vide.

Les Français ont participé aux effets de ces deux chances; mais l'industrie a incomparablement plus gagné que le commerce d'armement a perdu.

Archives des Affaires Etrangères, Correspondance Consulaire et Commerciale, Bahia, vol. 2, f. 27.

Le passeport français de Rugendas

Il nous a paru curieux qu'un ressortissant bavarois voyage avec un passeport français. Nous trouvons sans doute dans la correspondance du Consul général de France l'amorce d'une explication. Avant de la citer, nous devons préciser que Rugendas connaissait au moins deux Français à Rio de Janeiro: le jeune naturaliste Menétriès, sous contrat dans l'expédition Langdsdorff, et les Taunay, mentionnés dans le texte du Voyage Pittoresque dans le Brésil(div. 1, p. 19-20 et pl. 12). Félix-Emile Taunay était devenu au début de 1825 le secrétaire du consulat (cf. Dépèche du 25 fev. 1825, Corresp. Cons. Comm., vol. 2, f. 25). Rugendas, revenu à Rio, écrit le 12 mai à son père qu'il "ne pouvait déterminer la date de son retour". Peut-être Langsdorff s'opposait-il à sa sortie du Brésil par une action judiciaire, et dans ce cas, l'assistance du consul d'un autre pays eût été précieuse, car il n'existait pas de représentation bavaroise.

Dépèche du Consul Général de France sur les passeports accordés à des étrangers.

Comte de Gestas, Consul Général de France à Rio de Janeiro

à Ministre des Affaires étrangères
Rio de Janeiro, 18 septembre 1824

(...)

Il est à observer que la police de Rio de Janeiro exige pour donner un passeport pour sortir de la banlieue de la ville un répondant Brésilien quand il n'a pas un certificat d'un consul, que les Brésiliens exigent une somme assez forte pour faire ce cautionnement et que si on laissait aller cet abus, l'avidité des employés de la police qui gagnent cet argent pourrait faire étendre cette mesure à tous les étrangers comme déjà ils ont tenté de le faire envers des François qui ne faisaient que passer à Rio de Janeiro desquels on vouloit exiger 80 frs. pour les laisser continuer leur voyage jusqu'à Buenos-Ayres.

L'ignorance de la nation Brésilienne est telle que sous la qualification d'étrangers, elle ne distingue que les Anglois et les François. Les habitans des Etats-Unis, ceux des ports de l'Europe sont réputés Anglois, mais les Belges, les Italiens, même quelques Allemands un peu civilisés sont considérés comme François; et quant aux Suisses cela est si généralement admis que jusqu'au bataillon de la Garde impériale qui a été recruté à la Colonie Suisse est appelé François. Ainsi sous ce point de vue la surveillance de police sur la conduite des Suisses est dans l'intérêt de l'honneur national, et comme les François sont préférés et très bien accueillis dans l'intérieur où les Anglois sont généralement repoussés, il faut autant que possible influencer sur la bonne conduite de tous ceux qui sont qualifiés de François par les Brésiliens. Cette influence ne peut s'établir que par des services rendus gratuitement, et par la certitude que les individus acquièrent d'être protégés s'ils le méritent dans les nombreuses difficultés qu'ils peuvent journellement rencontrer, car c'est un pays arbitraire ou tout est encore à organiser et où le droit des gens est si peu respecté que jusqu'au consul Espagnol a été arrêté par les patrouilles qui faisaient la presse.

Malgré ces considérations je me conformerai aux ordres de Votre Excellence et je restreindrai mes bons offices envers les Suisses en tant que les intérêts des familles Françoises ne s'y trouveraient pas compromis par suite des nombreux mariages qui ont lieu, et des sociétés de commerce mixtes entre Suisses et François, elles sont si générales que j'aurais peine à citer une maison de commerce Françoise qui n'ai pas en nom ou comme principal intéressé un Suisse : ainsi donner des soins pour les concilier dans leurs discussions avec des François et entre eux, c'est prévenir leur ruine, car le moindre procès devant la justice brésilienne entraînerait des frais énormes pour les parties litigeantes, et la réclamation d'un individu arrêté par la police le laisse confondu pour un terme indéfini avec les plus grands scélérats et les nègres avec lesquels il est incarcéré, dans des lieux infects. Rien ne se fait dans ce pays sans recommandations individuelles appelé (impenho) avec une impenho un assassin est mis de suite en liberté, sans un impenho un étranger illégalement arrêté souvent pour n'avoir pas donné la pièce à un soldat a moitié ivre mourrera à la chaine. L'humanité commanderait donc seule de ne pas refuser l'intervention qui souvent même est requise par les magistrats du pays qui je le répète ne prennent pas la peine d'examiner les suppliques ou les passeports, les renvoient aux consulats de France ou d'Angleterre qui sont ceux pour les représentations desquels on ait le plus de considération, qui est d'autant plus grande à leurs yeux que les relations sont plus fréquentes. Augmenter la population Françoise au Brésil est le plus sûr moyen d'obtenir pour elle des avantages et des faveurs.

Archives du Ministère des Affaires Etrangères, Correspondance Consulaire et Commerciale, Rio de Janeiro, vol. 2, f. 211.

Une situation confirmée par le voyageur Douville

p. 249

Au Brésil la volonté du juge tient lieu de
loi; elle est trop souvent flexible selon la for-
tune des prévenus. Les greffiers et les juges in-
férieurs s'enrichissent aux dépens des misérables
qu'ils jettent dans les prisons. Rien n'est plus
facile que de faire arrêter un homme, il suffit
de l'accuser avec trois témoins; aussitôt, sans
qu'il ait été entendu et sans autre formalité,
un mandat d'arrêt est lancé contre lui. Une fois
en prison, il peut présenter ses moyens de dé-
fense et s'il a de l'argent, quelque crime qu'il
ait pu commettre, il ne tardera pas a être élargi;
mais s'il est pauvre, il est sûr d'être victime de
la haine de son adversaire et de subir une con-
damnation proportionnée à la gravité de son délit.

De quelque nature que soit l'accusation, et
quelqu'en soit le résultat, condamné ou absous,
quiconque a été mis en prison ne peut en sortir
sans payer les frais de la procédure. Quoique
reconnu innocent, s'il n'a pas assez pour les
payer, il reste détenu jusqu'à de qu'une main
secourable lui en ouvre les portes.

250

Les officiers de justice, les greffiers, les geôliers,
n'ont d'autre salaire que ce qu'ils exigent des
prisonniers, ce qui les rend inexorables. Le juge
dont le traitement est très-modique, mais qui
perçoit un droit sur toutes les procédures, prête
volontiers son ministère à toutes les injustices
pour faire vivre sa famille dans le luxe. Il satisfait
facilement sa conscience en disant: L'accusé a le
droit de se défendre, et je lui rendrai justice s'il
prouve qu'il est innocent; ensuite il aura son
recours contre l'accusateur.

L'empereur confère les places de greffiers et
de geôliers à d'anciens serviteurs qui sont in-
capables d'en remplir les fonctions, mais ils ont
le droit de les faire exercer par d'autres. Celle
de greffier surtout est très-importante. C'est lui qui
reçoit toutes les dépositions: le juge se borne
à signer le mandat d'arrêt; il s'en rapporte au
greffier pour remplir les formalités, entendre
les témoins et donner à l'affaire plus ou moins
d'importance.

Le nombre des greffiers est limité, et si l'un

251

d'eux prête son ministère à une injustice, il est
extrêmement difficile de porter plainte contre lui,
parce que ses confrères se refusent à la recevoir.
De plus le juge, qui souvent a consenti au fait
dont on l'accuse, refuse aussi de le citer à son
tribunal. D'ailleurs il peut, si la partie lésée
insiste, mettre tout le monde hors de cour. Si
l'affaire est d'une nature grave, et si l'offensé s'a-
dresse à l'empereur, les greffiers qui se trouvent
chargés de cette plainte par l'ordre de l'empe-
reur donnent à l'affaire une tournure qui atté-
nue leurs torts, et après avoir dépensé beaucoup
d'argent, on n'obtient jamais justice.

La loi relative aux débiteurs est vicieuse. Il
suffit, pour obtenir un mandat de saisie contre
les biens de quelqu'un, de déclarer qu'il doit,
et que trois témoins affirment qu'il se dispose
à quitter le pays: alors, quelque improbable
que puisse paraître la déclaration du demandeur,
le juge ordonne la saisie de ses biens.

Ce qui aggrave encore cet ordre, c'est la vé-
nalité des officiers de justice, qui agissent immé-

252

diatement à la requête et pour ainsi dire d'après
la volonté de l'homme qui se porte pour créan-
cier. Celui-ci fait saisir des sommes qui valent au
moins dix fois la somme qu'il réclame, et sur-
tout les objets les plus nécessaires au débiteur
réel ou supposé.

Ce qui a été saisi est mis en dépôt dans un
lieu destiné à cet effet, et y reste jusqu'à la con-
clusion du procès. Mais comme dans ce pays il
est impossible de voir terminer une cause en
moins de quatre ou cinq ans, même en faisant
des largesses aux juges et aux greffiers pour
qu'ils ne laissent pas les pièces de la procédure
dormir chez eux, les objets déposés dans la mai-
son de séquestre se détériorent et perdent telle-
ment de leur valeur, qu'au moment de la vente
leur produit suffit à peine pour payer le montant
de la dette réelle ou supposée; et dans ce der-
nier cas, il ne reste à la partie lésée que le droit
d'intenter un procès en dommages contre celui
qui lui a causé ces pertes, procès qui durera
cinq ou six autres années.

253

Une circonstance donne quelquefois à cette
manière de rendre la justice un caractère plus
affreux, c'est qu'assez ordinairement des escla-
ves sont saisis et meurent en prison par suite de
la mauvaise nourriture et du peu de soin que
l'on a d'eux. Par leur mort le créancier réel ou
supposé acquiert le droit de faire une nouvelle
saisie, car dans ce cas la perte de l'esclave tombe
sur le débiteur.

Souvent, un homme dans la plus grande pros-
périté se voit tout à coup ruiné et réduit à la
misère s'il devient un point de mire pour des
fripons. L'étranger est surtout exposé à ce genre
d'escroquerie; il existe toujours contre lui une
présomption qu'il peut quitter le pays.

L'Européen qui, victime des évênemens
malheureux, ou de l'iniquité des hommes, tra-
verse l'Océan pour trouver dans le Nouveau-
Monde un remède à ses maux, est générale-
ment déçu des espérances flatteuses dont il
s'était bercé. Tout sourit de loin; mais le
veau d'or disparaît en mettant le pied sur le sol

254

de ces contrées. De toutes ces belles descriptions,
ou de toutes ces brillantes perspectives qui lui
ont été offertes par des hommes intéressés à l'é-
migration, il ne reste plus que les souvenirs des
momens heureux qu'il a passé quand l'espoir
du bonheur lui souriait encore. Cependant s'il
est laborieux et rangé, il peut certainement
trouver à vivre au Brésil, mais il ne peut faire
d'économies, et encore moins acquérir une cer-
taine aisance, s'il ne possède pas quelques ca-
pitaux.

Toutes les lois qui doivent le protéger sont
sans force devant un juge vénal: cet or qu'il
croyait trouver dans les chemins ne se gagne
qu'avec beaucoup de peine et de travail; cette
bonté tant vantée des habitans n'existe que quand
on n'a pas besoin d'eux; ces traités du droit fran-
çais avec cette puissance ne se trouvent que
dans les archives de l'état. A l'illusion succèdent
des regrets pour le sol natal et pour ses amis,
toujours compatissants dans l'infortune.

Voir ses espérances détrompées sous le rap-

255

port de la fortune n'est pas le seul inconvé-
nient auquel le fugitif d'Europe est exposé. Il en
est d'autres, et de plus grands encore, et qu'il
est difficile de se figurer, quand on ne les a pas
connus par sa propre expérience. En Europe,
du moins dans une grande partie des pays qui la
composent, l'homme qui n'enfreint pas les lois est
sûr de ne pas tomber dans les mains du pouvoir,
lorsque le pays est administré suivant les règles
de l'équité et de la raison; il peut donc se dire
qu'à moins de cas à peu près improbables, ou
indépendans de sa volonté, il ne sera pas mis en
prison, et que si ce malheur lui arrive, il ne
sera pas détenu longtemps. Il n'en est pas de
même au Brésil; on y est arrêté pour des sujets
assez futiles, et alors on sent toute la gravité de
son infortune.

Une prison en Europe est un séjour très-désa-
gréable, mais au Brésil il est épouvantable. Ce-
pendant, quiconque, au moment d'y entrer,
possède soixante mille reis peut le trouver sup-
portable; car le geôlier, amolli par la vue de
l'or, le conduit dans une des salles réservées aux

256

gens qu'il protège, et qui sont rarement au
nombre de plus de quarante ou cinquante. Mais
si le nouveau-venu n'a pas la somme nécessaire
pour gagner la bienveillance du cerbère, il est
jeté dans la salle commune, où il trouve quel-
ques blancs au milieu de deux ou trois cents nè-
gres, dont la plupart, enchaînés les uns avec
les autres, font retentir à chaque instant les
échos du son lugubre de leurs fers.

La vue de cette horrible demeure, où l'infor-
tuné qui y pénètre a la certitude de rester au
moins dix-huit mois, avant de pouvoir prouver
son innocence, doit produire sur lui une si épou-
vantable impression, que je ne conçois pas com-
ment il n'essaie pas de s'arracher la vie au mo-
ment même où il descend dans ce lieu infernal.

On pourrait croire que pour être précipité
dans cet enfer, il faut avoir commis quelque
acte horrible, il n'en est cependant rien: il
suffit d'avoir ne dispute avec quelqu'un, si
celui-ci, pour se venger, se plaint de voies de
fait exercées à son égard. Souvent celui qui a été
frappé est emprisonné, parce que son adversaire

257

prétend l'avoir été; il porte plainte, et le pre-
mier obtient, contre celui qu'il a injurié et of-
fensé, le mandat d'arrêt que celui-ci aurait le
droit de demander contre lui. Une fois en pri-
son, le détenu n'a plus d'autre ressource que
d'entrer en composition avec son accusateur,
qui peut, à son gré, se désister, et lui procu-
rer son élargissement.

Quel supplice pour l'Européen accoutumé au
climat des pays tempérés, et que la chaleur de
l'été y incommodait, d'être enfermé au Brésil
dans une prison, où l'air, déjà étouffant, de-
vien suffocant au milieu d'un grand nombre
de prisonniers. L'atmosphère y ressemble à celle
d'un fourneau ardent qui exhale des valeurs
pestilentielles.

Moi qui ait été élevé à l'école du malheur, qui
ai été accoutumé à vivre de privations, et qui
ne me fais pas une chimère de choses futiles,
je n'ai pu me défendre d'un sentiment d'hor-
reur en voyant cette horrible demeure.

Pendant les onze jours que j'ai passés dans la

258

maison du geôlier, lorsque je fus arrêté à la re-
quête des Mendonça, qui étaient des émissaires
de la police mal informée, j'ai eu l'occasion de
parcourir la prison à toutes les heures du jour.
J'ai vu, dans la salle des protégés du geôlier,
nommée salle libre, un Français, homme très-
respectable, qui, pendant un violent orage au
milieu de la nuit, avait ouvert sa porte, et
donné asile à deux inconnus qui lui demandaient
l'hospitalité: c'étaient des voleurs. Le lende-
main, ces hommes ayant été arrêtés chez lui, il
le fut également. Il obtint son élargissement pen-
dant que j'étais détenu; il l'était depuis dix-neuf
mois, car il était pauvre, et il attendait depuis
deux mois l'argent nécessaire à payer les frais
de la procédure, avec laquelle il avait prouvé
son innocence.

J'ai vu aussi un autre Français, qui, en net-
toyant un pistolet, eut le malheur de tuer un
de ses enfans en bas âge. Arrêté, pour s'assurer
s'il ne l'avait pas tué à dessein, il gémissait sous
les verrous, quoique le juge fût convaincu de

259

son innocence; mais il fallait que la loi eût son
cours, et il n'avait pas d'argent pour faire mar-
cher la procédure. Depuis quatre mois, sa femme
et ses autres enfans se lamentaient en vain, leurs
larmes ne produisaient aucune impression sur
le juge.

Je trouvai aussi dans la salle libre un sergent,
qui avait eu la connaissance du vol de deux barils
de poudre, et qui n'avait pas dénoncé les coupa-
bles. Cet infortuné attendait depuis trois ans
la sentence qui devait punir son silence, et en-
suite il devait subir la peine à laquelle il serait
condamné.

Je pourrais citer beaucoup d'exemples du
même genre; je pourrais m'étendre sur l'insen-
sibilité des juges, qui, par leur négligeance, re-
tiennent dans les fers des hommes souvent inno-
cens, je me contenterai de m'écrier: Malheur
à celui sur qui se ferment les verrous d'une pri-
son au Brésil, s'il ne peut disposer de sommes
assez fortes!

Jean-Baptiste Douville, 30 mois de ma vie avant et après mon voyage au Congo, ou ma justification des infamies débitées contre moi ; suivie de détails nouveaux et curieux sur les moeurs et les usages des habitants du Brésil et de Buenos-Ayres, et d'une description de la colonie Patagonia ; par J.-B. Douville,..., Paris : l'auteur, 1833, Chapitre VII - Détails inédits sur le Brésil.

Pourquoi les passagers de la Louise durent-ils attendre trois jours pour débarquer?

Le consul de Bahia avait transmis l'inquiétude relative à un cas de fièvre jaune dans le port de Parahyba. Sans doute des mesures sanitaires furent-elles prises avant que l'information ne soit démentie, quelque temps après.

Surveillance policière des Brésiliens débarqués de la Louise.

Sous la Restauration, à partir de la Révolution constitutionaliste en Espagne en 1820, qui s'étendit au Portugal, les Portugais et les Brésiliens firent l'objet d'une surveillance policière systématique jusqu'en 1830. C'est pour nous le moyen d'obtenir quelques renseignements sur les compagnons de traversée de Rugendas. Les rapports noués au cours de ces longs moments désoeuvrés, dans l'espace restreint d'un navire d'une quarantaine de mètres de long étaient souvent durables, en positif ou en négatif.

Salustiano Joze Pedroza

[Passaporte do] Presidente da Provincia da Bahia, João Severiano Maciel da Costa "para França, a tratar de seus estudos Sallustiano José Pedroza (...) Bahia, 4 de julho de 1825.
Vu (...) 23 juillet 1825 Le Consul de France Guinebaud.

Note confidentielle
Cabinet du Prefet de Police

Ministre de l'Intérieur

Paris, le 14 novembre 1825

(...) cet étranger est descendu, en arrivant, rue des Noyers, No 35, où il loge avec son parent le sieur Reboucas, Manuel, Etudiant en Médecine, qui y demeure depuis le mois de Décembre 1824 et qui est celui qui a déjà fixé l'attention de l'autorité. Le sieur Pedroza entend à peine le français ; il est venu, dit-il, à Paris pour perfectionner son éducation et pour y suivre les Cours de l'Ecole de Droit. Il travaille beaucoup en effet et sa conduite n'a donné lieu jusqu'ici à aucune observation défavorable. J'ai donné des ordres pour qu'on surveillât avec soin le séjour dans la capitale de ce Brésilien, et je ne manquerai pas de communiquer à Votre Excellence les résultats ultérieurs que j'aurai recueillis.

Le 20 juin 1828 il reçoit un passeport pour Aix.

José Gallo Acayaba Tabireça

"José Gallo Acaiuba Tabiunal" selon le rôle de bord)

Passaporte (...) José Gallo Acayaba Tabireça, branco, solteiro, natural desta mesma provincia (...), 9 julho 1825
vu, le Consul de France, 1 août 1825.

Le 3 sep. 1826 "Joze Gallo Acayaba Tabiressa brésilien né à Bahia âgé de 30 ans" reçoit un passeport pour Lisbonne par le Havre. Le 15 dec 1827, il débarque au Havre, venant de Bahia par Lisbonne, se rendant à Paris (voir plus bas).

Antonio Joze da Purificação

Passaporte do Presidente da Provincia da Bahia,(...) para o Havre de Grace e de lá a Paris para os fins de continuar os seus estudos de Cirugia, Antonio José da Purificação, natural desta mesma provincia (...). Bahia, 3 junho 1825.
vu, le Consul de France, 18 juillet.

Il aurait dû s'embarquer en juin sur le brig français la Nanine, pour Nantes; mais il changea de navire (après avoir reçu un premier visa du Consul de France le 7 juin).

Cabinet du Prefet de Police

Ministre de l'Intérieur

Paris, le 25 novembre 1825

(...) quant aux sieurs Purificacao et Tabireno, leur conduite est toujours régulière, et ils s'occupent sans réserve de leurs études de Médecine.

Le 30 avril 1828 A.J. da Purificação reçoit un passeport pour Le Havre.

Severino

Passaporte (...) para Havre de Grace, en companhia de seu patrono Antonio José da Purificação, o pardo Severino, solteiro, de idade de desesseis anos (...) Bahia, 14 julho 1825.
vu, le Consul de France, le 2 août 1825

Aucun autre document.

Joze Feliz de Menezes

Passaporte (...) para França ao fim de continuar os seus estudos de Matematica, Joze Feliz de Menezes, natural da Vila de Santo Amaro das Grutas da Prov. de Sergipe, constante do Documento junto com que veio desta mesma cidade (...) Bahia, 14 de Maio de 1825.
Vu (...) 23 juin 1825 Le Consul de France Guinebaud.

L'étude des mathématiques semble avoir été suspecte aux yeux de la police, qui s'inquiète, par ailleurs, dans la note confidentielle du 14 novembre 1825, d'avoir perdu sa trace après son arrivée à Paris. Le 12 septembre 1826 il reçoit un passeport pour Pernambouc.

Police -- Affaires Politiques -- Objets Généraux 1815-1830, Archives Nationales F/7/6734, dossier 17)


Note 6: Conjectures, pistes et pièces justificatives

Diario Fluminense - NOTICIAS MARITIMAS

Dans les NOTICIAS MARITIMAS du Diario Fluminense, la provenance, la durée de la traversée, le nom du navire, celui de son capitaine, la nature et éventuellement le propriétaire du chargement, le nombre des passagers et leur nom quand ils sont Brésiliens ou Portugais étaient précisés.

Diario Fluminense -- 5a, 31 março 1825].
(...)
NOTICIAS MARITIMAS

ENTRADAS

  Dia 29 do corrente. - Rio de S. João; 2 dias ;
B. Nacional, e Imperial Falcão, M. Manoel José
da Silva
, carga madeira para o Arsenal da Mari-
nha. - Rio Grande; 18 dias; S. Americana, M. Jo-
sé Joaquim de Brum
, equipagem 12, carga carne,
e couros, a Antonio Marques Pereira : passageiro
João Pereira. - Rio de S. Francisco do Sul; 23 dias;
S. Princesa Leopoldina, M. Manoel Alves da Silva,
equipagem 11, carga farinha, e arroz, ao M. : pas-
sageira D. Joaquim Amalia de Almeida, com 1 fi-
lho - Santos; 6 dias ; L. Gratidão, M. Francisco
Simões da Silva
, equipagem 5, carga assucar, a Do-
mingos Duarte Mansor
: passageiro 1 preto prezo
remettido á Policia.

SAHIDAS

  Dia 29 do corrente. - Jersey; G. Ing. Cour-
rier, M. Peter Le Misâtre, equipagem 13, carga
caffé, assucar, e couros: passageiros os Ing. Samuel
Fox, com 1 irmão, e Clarissa Legdon. - Dito, E.
Ing. Friends, M. Matheus Johns, equipagem 10,
carga dito. - Antuerpia; G. Ing. Mars, M. Eduar-
do Renouf
, equipagem 17, carga caffé, e assucar:
passageiros os Ing. Eduardo Lord, com huma filha,
Frederigo Slade, Robert Spie, e Maria Brown.-
Santos; L. Primavera, M. Narcizo Thomaz dos Reis,
equipagem 6, carga vinho, e fazendas: passageiros
o Juiz de Fóra de S. Paulo Ernesto Ferreira Fran-
ça, com sua mulher, 1 criado, e 2 escravos, e Ma-
theus Viera Gonçalves. - Campos ; L. Santa Anna,
M. Antonio Fernandes de Oliveira, equipagem 6,
carga sal, vinho, e carne: passageiros 11 escravos.
- Macahé ; L. Senhora da Lapa, M. Antonio Ro-
drigues Roza
, equipagem 5, em lastro.


Lettre de Rugendas annonçant sa défense (Augsburg, 8 décembre 1825).

français --- english --- português

An Eine Höchste Königl. Regierung des Oberdonau Kreises

Auf die ... mitgetheilte Requisition des Keys. Russ. Etats Rathes Herrn von Langsdorff durch die Keyserlich Russische Gesandtschaft, Contractes Verbindlichkeiten u. Rückhalt einiger Zeichnungen von Seiten des Unterzeichneten betreffend (?) hat derselbe ... zu erwiedern = daß er sich wegen der über ihn ausgesprochenen Anklage hinlänglich zu vertheidigen u. zu rechtfertigen im Stande wäre, und in Kürze - sobald nehmlich seine aus Paris bereits unterwegs befindlichen Stücken - bey welchen sich die zu seiner Rechtfertigung dienenden Belege befinden, angekom(m)en seyn werden einreichen würde - Vorläufig E. Exllz. bemerkend daß seine Vertheidigung darin beruhe 'zu seines Contractes durch ein Schreiben Herrn von Langsdorffs schon seit dem Jahre 1822 enthoben zu seyn, alles der Expedition zugehörige schon abgeliefert habe u. nir übrigens vorbehalten werde, meine Gegenklage gegen erwähnten Herrn von Langsdorff gehörigen Ortes einzureichen. ...
Moriz Rugendas.

1 page. 34 x 20,8 cm pliée, avec timbre à sec Königreich Baiern et timbre taxe à 3 Kreutzer.

Source: Niemeyer-Rindinger.com

En Français: "A la demande notifiée par le Conseiller d'Etat de l'Empire de Russie von Langsdorff par l'intermédiaire de la légation Impériale russe, concernant les obligations d'un contrat, et la détention de plusieurs dessins par le soussigné, il déclare qu'il doit répondre qu'il sera capable de se justifier suffisamment des dites accusations et sous peu, dès que ses bagages contenant les preuves de son droit, qui sont déjà expédiés de Paris, arriveront, il les soumettra. Pour le moment V. Exc.ce, observera que sa défense sera basé sur 'avoir été dispensé de son contrat par une lettre de M. de Langsdorff dès l'année 1822; avoir déjà remis tous objets appartenant à l'expédition'; et il se réserve d'attaquer le dit M. de Langsdorff en lieu adéquat... Moriz Rugendas

Notre traduction

In english: On the... notified requisition of the Imperial Russian Privy Councillor von Langsdorff through the Imperial Russian legation, concerning the obligations of a contract, and detention of several drawings by the undersigned he has to reply that he shall be able to defend and justify himself sufficiently of of the said charge, and before long - as soon his baggage containing the evidence for his justification, already on their way from Paris, arrive here - he will submit them. Remarking for now, Your Excellency, that his defence is based upon 'to have been dispensed from the contract by a letter of Mr. von Langsdorff even in the year 1822, having already handed over anything belonging to the expedition, and by the way reserve for myself to submit my cross action against the mentioned Mr. von Langsdorff at the proper place.' ... Moriz Rugendas.

Traduction: Niemeyer-Rindinger.com

Em português Frente à comunicação do Supremo Governo Real do distrito do Alto Danúbio, referente à uma requisição do Conselheiro Privado do Imperador de Russia Sr. von Landsdorff , através da Delegação Imperial russa, em relação com as obrigações do Contrato e a retenção de alguns desenhos por parte do infra-escrito, o mesmo responde que estaria em condições suficientes de se defender e justificar-se a respeito das acusações realizadas contra ele e que, em breve entregará sua defesa - tão logo receberá as peças que lhe servirão de prova, que já se encontram a caminho, desde Paris. No momento faz notar a sua Exc.ia, que sua defeza se baseia no fato de o mesmo ter sido dispensado do seu contrato, já desde o ano de 1822, mediante um documento do Senhor von Landsdorff; que já entreguei todos os materiais pertencentes à expedição e que me reservarei [o dierito] de iniciar ações judiciárias, no lugar que corresponda, contra o mencionado Senhor von Langsdorff

[tradução em Costa e Diener, 2000:47]


Notices biographiques

Bourdé de Villehüet, François-Marie (1775 - après 1841). François Marie Bourdé de la Villehuët est né à Lorient le 1 mai 1775. Il était fils de Jacques Pierre Bourdé, et de Thérèse Fremez de Surville. Son père, célèbre théoricien naval, auteur du Manoeuvrier (1765, nombreuses rééditions), ne remplissant pas les conditions de noble naissance requise sur les bâtiments du Roi (la particule (d'usage étant donné les nombreux Bourdé) a été ajoutée par jugement en 1806), fut Capitaine de Vaisseau de la Compagnie des Indes.

François Bourdé a commencé à naviguer sur les bâtiments du commerce en 1791, sur la Bonne Amie, l'Elisabeth, le Pondichéry, et sur le corsaire l'Affamé, puis au service de l'état en 1793 sur différentes chaloupes approvisionnant Belle-Ile lors du siège. Fait prisonnier, il reste en captivité en Angleterre de l'an I à l'an III (1793-1795). Il navigue ensuite sur le Cassard, la Charente, la Bravoure à Saint-Domingue. "La conduite morale et politique cer cet officier a toujours été celle d'un bon citoyen, et d'un homme honnête" dit le rapport (s.d.) contenu dans son dossier personnel. Enseigne de Vaisseau le 20 avril 1799, Lieutenant de Vaisseau le 26 octobre 1803, il commande le côtre leSuccès, capturé par la corvette HMS Volage le 7 novembre 1807. Libéré en janvier 1811, il est acquité par le conseil de guerre. Capitaine de Frégate le 27 janvier 1819, Capitaine de Vaisseau le 4 août 1824. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur pendant la première Restauration, le 8 oct 1814, et chevalier de St. Louis (comme tous les officiers de marine) le 23 avril 1817. La même année, il épouse Mlle Fourquier, fille d'un contrôleur des Postes. Il commande alors en second, puis en principal, le dépôt des équipages à Toulon. Il participe à la campagne du Levant sous les ordres du Contre-Amiral Halgan qui lui confie le commandement intérimaire de la flûte (transport) la Bonite. De retour à Toulon, il doit solliciter un commandement à plusieurs reprises avant d'obtenir celui de la corvette l'Echo, qu'il conservera trois ans, en station d'abord à Bourbon (actuelle île de la Réunion), puis à la station du Brésil (principalement à Bahia).

"Je suis parvenu des fonctions de novice au grade de capitaine de vaisseau de 1e classe sans avoir sollicité ni fait solliciter mes avancements", écrit-il, véridiquement si l'on en juge par son dossier personnel, dans sa demande la croix d'officier de la Légion d'Honneur le 14 octobre 1841, alors qu'il est admis à la retraite.

Sources: dossier personnel.
PBr.

Jullien, Mathieu (1788-1833). Mathieu Augustin Jullien naquit le 14 avril 1788 à Belle-Isle-en-terre, département des Côtes du Nord. Il était le fils du propriétaire des Forges de Coat-tanos. Il s'embarqua sur la Clorinde, où il fut fait aspirant de 1.e cl., le 8 juillet 1812. Le 26 février 1814, la Clorinde fut prise au large de Terre-Neuve; Jullien resta prisonnier en Angleterre jusqu'au 21 mai 1814. Fait Enseigne de Vaisseau, il commanda la gabare le Bayonnais du 18 janvier 1824 au 23 janvier 1826, faisant deux voyages au Brésil; pendant ce commandement il fut fait Lieutenant de Vaisseau le 22 mai 1825. A son retour il se maria à une jeune fille de Morlaix. Eprouvant toujours des difficultés à trouver des embarquements, il fut affecté à Toulon à bord de la Melponème où il mourut du choléra le 10 Juillet 1833.

Sources: dossier personnel.
PBr.

Parseval-Deschênes, Alexandre Ferdinand de (1790-1860).

PARSEVAL DESCHÊNES (Alexandre Ferdinand), amiral français, né le 27 novembre 1790, à Paris, où il est mort, le 10 juin 1860. Fils d'un receveur général des finances, il suivit en 1804 à Toulon l'amiral Latouche-Tréville, son parent, et s'y embarqua comme volontaire sur le vaisseau le Bucentaure.

Il assista à la prise du fort Le Diamant à la Martinique, puis au combat livré près du cap Finistère à la flotte anglaise de Calder et enfin à la bataille de Trafalgar, où il survecut comme par miracle à la destruction de son vaisseau.

Nommé aspirant entretenu, le 2 avril 1807, il assistait sur l'Italienne (23 février 1809) à la lutte que le capitaine Jurien de La Gravière soutint avec trois frégates embossées aux Sables d'Olonne contre une division anglaise de trois vaisseaux et deux frégates aux ordres de l'amiral Stopford.

Enseigne de vaisseau, le 18 juillet 1811, il prit part à un combat soutenu par les frégates l'Andromaque et l'Ariane contre un ennemi supérieur, et contribua puissamment à sauver le brick le Mameluck (1812).

Il s'embarqua en 1813, à Genes, sur la Dryade, assista sur cette frégate à plusieurs combats, et à la paix servit dans la station navale du Levant sous les ordres du baron de Seizieux. Rentré en France après les Cent-Jours, il commanda successivement trois avisos, et fut avec l'un d'eux adjoint à Beautemps-Beaupré dans la reconnaissance hydrographique des côtes de Bretagne.

Bientot après, il passa au commandement de la Sauterelle qui suivit à Cayenne la division navale chargée de prendre possession de la Guyane francaise, et pendant deux ans dirigea le service de la station locale de cette colonie.

Devenu lieutenant de vaisseau (1er septembre 1819), il reçut la croix de la Légion d'honneur (1822) et le commandement du brick le Faune pour avoir assuré le salut de la frégate l'Africaine, échouée sur l'lle de Sable (Nord-Amerique).

Nommé capitaine de frégate (5 avril 1827), il commanda successivement la Bayadère, corvette d'instruction des élèves de la marine, l'Euryale, à l'expédition d'Alger, l'Armide, en mission spéciale dans l'Adriatique, et la Victoire, à bord de laquelle il fut promu capitaine de vaisseau (20 octobre 1833), en récompense de l'habileté qu'il venait de déployer dans la direction maritime de l'expédition de Bougie.

De 1834 à 1839, Parseval-Deschênes commanda le vaisseau le Suffren et les frégates la Didon et l'Iphigénie. Après avoir participé avec cette dernière a une mission politique à Saint-Domingue, il fut attaché au blocus de La Vera-Cruz, et prit une large et glorieuse part à l'expédition dirigée contre le dictateur Rosas, à l'occupation de l'île de Martin-Garcia et au siége de Saint-Jean-d'Ulloa.

Rentré en France, il fut promu commandeur de la Légion d'honneur (10 février 1839), et passa au commandement du vaisseau l'Océan, à bord duquel il obtint le grade de contre amiral (30 avril 1840).

Dans son nouveau grade, il exerca les fonctions de major général à Toulon, de prefet maritime à Cherbourg, et prit, en 1841, le commandement de la division navale du Levant, qu'il quitta bientôt pour celui de l'escadre de la Méditerranée.

Grand officier de la Légion d'honneur (24 septembre 1844), vice-amiral (15 juillet 1846), il devint inspecteur général, préfet maritime de Toulon, pour la seconde fois commandant en chef de l'escadre de la Méditerranée, membre du Conseil de l'Amirauté (8 septembre 1851), président du conseil des travaux de la marine, et enfin sénateur (26 janvier 1852).

Parseval-Deschênes reçut (25 février 1854) le commandement en chef de la 3e escadre destinée à opérer dans la Baltique, de concert avec la flotte de l'amiral Napier.

On se rappelle encore tout ce qu'il lui fallut déployer d'activité, d'habile et persévérante énergie pour imprimer à une escadre armée en toute hâte dans un port surchargé de travaux divers nécessités par la guerre, des traditions militaires et un fond d'organisation tel que nos vaisseaux et leur équipages, rendus dans la Baltique, n'eurent rien à envier à ceux des Anglais nos alliés qui, cependant, avaient été préparés de longue main.

La prise de Bomarsund fut le seul événement militaire de cette campagne par laquelle Parseval-Deschênes couronna sa brillante carrière.

Napoléon III le récompensa en l'élevant à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur (30 août 1854), suivie bientôt après de celle d'amiral de France (2 décembre 1854).

"H. Fisquet.

"Moniteur universel, 18 juin 1860. -- Annuaires de la marine, passim.

Hoefer, J.F.C., Nouvelle Biographie Générale.

Rivry, Théodat Jean-Baptiste Le Bastier de (1785-1829). Théodat Jean-Baptiste Le Bastier de Rivry naquit le 4 juillet 1785, fils de Jean Nicolas Le Bastier de Riverie, maître canonnier issu d'une noble et ancienne famille, et de Margueritte Brigitte Cadet. Le jour de son douzième anniversaire (1797), il entra dans la compagnie des apprentis canonniers, où il resta un an exactement, avant d'embarquer comme mousse sur la bombarde le Sphinx.

Il fut ensuite reçu aspirant de 2e classe (19 juin 1801) sur la frégate la Thémis. Le 20 novembre 1801, il passa sur la frégate la Franchise, commandée par le Capitaine de Frégate Pierre Jurien de la Gravière, dans l'escadre du Contre-Amiral Latouche-Tréville, envoyée à la faveur de la paix d'Amiens reconquérir Saint-Domingue au pouvoir des Noirs insurgés commandés par Toussaint Louverture. La fièvre jaune y tua huit des dix aspirants qui avaient embarqué sur la Franchise; Jean-Baptiste De Rivry fut assez robuste, ou assez heureux, pour survivre. Il commanda une goëlette armée en guerre au service de la station. Gravement blessé au cours de l'attaque infructueuse du Fort Liberté à Petit-Goave, il fut fait le 14 avril 1803 aspirant de 1e classe sur le champ de bataille par l'amiral. La Franchise quitta Saint-Domingue dès le 24 avril. Elle fut prise par les Anglais alors qu'elle allait arriver à Brest, ignorant tout de la reprise des hostilités, le 28 mai 1803.

Revenu d'une brève captivité en Angleterre, Le Bastier fut affecté au bureau du mouvement du port de Rochefort le 12 août 1803. Le 5 février 1804, il fut fait chevalier de la Légion d'honneur, qui venait d'être créée, en raison de son service au Petit-Goave. Il avait dix-huit ans.

Mais l'appui de Latouche-Tréville (mort en 1804) et celui de Jurien ne lui servirent pas beaucoup auprès du nouveau ministre de la Marine, Decrès, avec lequel leurs rapports étaient fort médiocres, et son grade ne fut confirmé, le 1 mars 1806, qu'après qu'il eût passé à l'île d'Aix les épreuves de l'examen; il était alors embarqué à bord du vaisseau le Magnanime depuis le 1 juillet 1805. Il passa le 25 novembre 1806 sur la corvette-brig le Palinure, qui resta en rade, jusqu'au 7 juin 1807.

Prisonnier sur parole, il ne put continuer son service actif. A la fin de la guerre, il obtint au printemps 1816, avec difficulté, des lettres de Capitaine au Long Cours, après avoir demandé en vain à réintégrer la marine, à se voir confirmé dans son grade, à obtenir le grade auquel son ancienneté et ses états de services lui donnaient droit, à être placé en demi-solde.

Il commença alors sa carrière de Capitaine au Long Cours, à bord de l'Ebre de Charente, du Havre, voyageant à Pernambouc pendant la Révolution de 1817, puis aux Antilles; il commanda ensuite la Louise, du Havre aussi, vers le Pérou et le Brésil.

Jean-Baptiste de Rivry mourut au Havre le 23 février 1829, dans sa quarante-quatrième année. Il avait épousé Désirée Marthe Aimée Noël, dont il avait eu trois enfants, Jean-Baptiste Théodat, Emmanuelle et Alfred.

PBr.
Sources: Dossier Personnel (Archives de la Marine). Dossier Légion d'honneur. Matricule de Capitaine au Long Cours,
Archives Nationales MAR CC/4/1680, Archives Départementales de Seine-Maritime. Archives du Ministère des Affaires Etrangères:Correspondance consulaire, Rio de Janeiro, vol 1., Pernambouc, vol. 1.
Jurien de la Gravière, Pierre Roch, Mémoires d'un Amiral, Paris: Assoc. des Amis du Musée de la Marine, 1977, pp. 124 et 137-159 (part. n.53, p. 153).

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