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Ferdinand Denis et la capoeira

Le brasilianiste Ferdinand Denis, au Brésil de 1816 à 1819, publie un livre, sans capoeira, en 1822, et un autre, avec capoeira, en 1839. Entre temps, il a lu et apprécié Rugendas. Son deuxième ouvrage sera largement diffusé : il a certainement influencé tous les auteurs français du 19° siècle.

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Mise à jour: 18 octobre 2004.


Ferdinand Denis partit pour le Brésil à dix-huit ans, en 1816, et y resta trois ans à chercher fortune, à Rio de Janeiro et surtout à Bahia. Il revint en France en 1819. En 1822, associé avec Hippolyte Taunay, qui avait résidé avec son père le peintre Nicolas Antoine Taunay à Rio de Janeiro de 1816 à 1820, il publia Le Brésil— Histoire, Mœurs, usages et coutumes des habitans de ce royaume, en six volumes de petit format. Les deux auteurs complétèrent leur expérience personnelle par la lecture d'ouvrages d'histoire et de récits de voyageurs. On ne trouve dans ce premier Le Brésil aucune trace de capoeira. De toute façon, les détails sur les coutumes afro-brésiliennes sont rares dans les parties rédigées par Ferdinand Denis (notamment Bahia et S. Paulo) et plus encore dans celles de la responsabilité de Hyppolyte Taunay (Rio de Janeiro et Recife).

En 1839, Ferdinand Denis, qui s'était fait connaître comme spécialiste du Brésil, inaugura chez Didot la publication d'une série de livres de description géographique, L'Univers, Histoire et Description de Tous les Peuples, avec Le Brésil. C'est une collection à large diffusion, que l'on peut imaginer se trouver sur tous les navires prenant des passagers à destination du Brésil, et voici ce qu'il dit de la capoeira :

“Je ne sais plus quel est le voyageur, c’est Golberry, je crois, qui a dit qu’à une certaine heure de la nuit toute l’Afrique était en danse, et que les Noirs dansaient même au milieu des tombeaux. En passant en Amérique, en subissant la dure loi de l’esclavage, les noirs n’ont rien perdu de leur amour pour leur exercice de prédilection, ils ont conservé l’usage de tous les instruments nationaux : le banza, le tambour congo, le monocorde de Loango, rententissent sans cesse dans les rues de Rio de Janeiro. Leurs danses s’improvisent dans tous les lieux où ils sont assurés de ne point être interrompus. La batuca, qui exprime alternativement les refus et les plaisirs de l’amour; la capoeira, où l’on simule le combat ; le landou, qui est passé même sur le théâtre, et dont la grâce consiste surtout dans un mouvement particulier des parties inférieures du corps, qu’un Européen ne saurait jamais imiter ; toutes ces danses passionnées, qui ont été décrites mille fois par les voyageurs, s’éxécutent à Rio de Janeiro, commes elles avaient lieu dans nos colonies, comme elles s’exécuteront partout où il y aura des noirs, en changeant seulement de dénominations” [Denis 1839:146-147].

Parmi les danses passionnées dont il est question, les voyageurs ont décrit principalement les danses amoureuses, Lundu et la batuca. La capoeira, autant que je sache, ne se trouve que dans Rugendas, présenté quelques pages auparavant comme une autorité en matière de Nègres du Brésil :

“Un écrivain, qui paraît avoir observé avec beaucoup de sagacité l'état des noirs au Brésil, M. Rugendas, a émis, à propos des nègres, quelques observations qui nous paraissent à la fois justes et basées sur des faits positifs” [Denis 1839:145]

Charles Ribeyrolles et Charles Expilly ont parlé d'une danse capoeira, mais ce qu'ils en ont écrit reflète plus leur style que ce qu'ils ont pu en voir :

« Ici c'est la capoeira, espèce de danse Pyrrhique, aux évolutions hardies de combat, que règle le tambour du Congo »,

écrit Ribeyrolles (1860:III-47); tandis qu'Expilly (1862:93) :

« Une foule de négresses quitandeiras (...) lorsque paraît un étranger, (...) entreprennent, à son intention, une dance indolente ou fougueuse – cachucha africaine – qui tient soit de la capoeira, danse du combat, soit de la batuca, danse amoureuse ».

Rien ne nous permet de mettre en cause la bonne foi de ces écrivains, mais pour écrire de la capoeira ce qu'il en ont écrit, il leur suffisait d'apercevoir de loin quelque agitation, et de conclure qu'il s'agissait de la chose dont ils avaient lu la description; car l'un et l'autre, bien entendu, avaient lu toute la documentation possible, comme ils le confirment dans leurs introductions. Au contraire de Rugendas et Denis, ils ne s'intéressaient pas aux coutumes populaires, et moins encore à celles qui impliquaient des exercices corporels. Ils n'étaient pas isolés en cela, comme le remarque Jules Vallès :

« En France, on a presque du dédain pour ceux qui parlent gymnase ou lutte, et – à part un très petit nombre d'artistes et d'écrivains célèbres, Paul Féval, Gustave Doré, Français, quelques autres – la plupart de ceux qui travaillentde tête, comme dit le peuple, restent dans leur fauteuil plus souvent qu'ils ne vont dans les salles de boxe»  [Vallès 1865].

Le Brésil de Ferdinand Denis est disponible sur Internet sur le site de Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.


Note – Ce Golbery n'est pas le traducteur du Voyage Pittoresque dans le Brésil de Rugendas. Ce dernier est Marie-Philippe Aimé Golbery, magistrat, politicien et écrivain (Colmar 1786–Kientzheim 1854). Le voyageur auquel se réfère F. Denis est un parent, Sylvain-Meinrad-Xavier (Colmar 1742–Paris 1822), ingénieur militaire, auteur de Lettres sur l'Afrique (1791) et de Fragments d'un voyage en Afrique fait pendant les années 1785, 1786 et 1787 dans les contrées occidentales de ce continent (1802, en ligne sur Gallica)[retour].


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