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Jean-Baptiste Debret
Voyage Pittoresque et Historique au Brésil

Le peintre français Debret décrit les coutumes du Brésil, en particulier des Nègres. Pas de capoeira dans cet intéressant témoignage.

REVISION: 29 MAI 2005

Voir :

 
Jean-Baptiste Debret
 
Voyage Pittoresque et Historique au Brésil,

 
ou
 
Séjour d'un artiste français au Brésil,
depuis 1816 jusqu'en 1831 inclusivement,
époques de l'avenement et de l'abdication de S.M. don Pedro,
premier fondateur de l'Empire brésilien.
 
Paris, Didot Frères, 3 volumes in-Folio publiés en livraisons de 1834 a 1839.
 

Notre transcription respecte l'orthographe et les fins de ligne de l'édition originale.

Tome II -- Industries du colon brésilien

Introduction

[1]
Moeurs et usages des Brésiliens civilisés

...

Tout pèse donc, au Brésil, sur l'esclave nègre : à la roça (bien de la campagne) il arrose
de ses sueurs les plantations du cultivateur ; à la ville, le négociant lui fait charrier de pesants
fardeaux ; appartient-il au rentier, c'est comme ouvrier, ou en qualité de commissionnaire
banal, qu'il augmente le revenu de son maître. Mais, toujours médiocrement nourri et mal-
traité, il contracte parfois les vices de nos domestiques, et s'expose à un châtiment public,
révoltant pour l'européen ; châtiment bientôt suivi de la vente du coupable à l'habitant de
l'intérieur des terres, et le malheureux va mourir, ainsi, au service du mineur (habitant
de la province des mines).

Sans passé qui le console, sans avenir qui le soutienne, l'Africain se distrait du présent, en
savourant à l'ombre des cotonniers le jus de la canne à sucre ; et comme eux, fatigué de pro-
duire, il s'anéantit à deux mille lieues de sa patrie, sans récompense de son utilité méconnue.

...


Urucongo, berimbau tome 2 pl.41 (b)
Tome 2 - Planche 41

 

[128]

Le nègre chanteur

D'abord étonné de cette foule immense d'esclaves répandus dans les rues de Rio-Janeiro
l'observateur, plus calme, reconnaît cependant tout de suite, au caractère particulier de la
danse et du chant, chacune des diverses nations nègres qui s'y trouvent confondues.

   En effet, c'est surtout sur les places, et autour des fontaines publiques, lieux de rassem-
blement habituel de ces esclaves, que souvent l'un d'eux, inspiré par le souvenir de sa
mère patrie, en rappelle le chant. C'est alors qu'aux accents de sa voix ses compatriotes,
spontanément charmés, se pressent autour de lui, et, selon l'usage, accompagnent chaque
couplet par un refrain national, ou simplement par un cri convenu, espèce de ritournelle
bizarre, articulée sur deux ou trois tons, et très-susceptible, néanmoins, de varier de
caractère.

   Presque toujours ce chant, qui les électrise, est accompagné d'une pantomime impro-
visée, ou variée successivement par ceux des spectateurs qui désirent figurer au milieu
du cercle formé autour du musicien. Pendant ce drame fort intelligible, on voit se peindre
très énergiquement sur le visage des mimes le délire dont ils sont possédés. Les plus
froids au contraire, se contentent de soutenir la mesure, marquée par un battement de

[129]

mains composé de deux temps précipités et d'un lent. Les instrumentistes, aussi improvisés
et toujours en grand nombre, ne sont armés chacun à la vérité que de deux tessons de
vaisselle, ou de deux petits morceaux de fer, ou bien encore d'une coquille et d'une pierre,
ou enfin de ce qu'ils portent à la main, comme une boîte de fer-blanc ou de bois, etc.

Cette batterie, toujours exécutée avec un ensemble parfait, est plutôt, comme le chant,
sourde que bruyante : les ritournelles, seules, sont plus forcées.

   Mais la chanson finie, le charme cesse ; et chacun se sépare froidement, en repensant
au fouet du maître et à achever la commission qu'avait interrompue cet intermède dé-
licieux.

   Plus loin, un énorme groupe de plus de quarante nègres, mais d'une nation plus barbare,
se contente d'un seul battement de mains général, et répété avec un ensemble parfait, qui
remplace pour eux le charme des paroles et de l'harmonie.

   Bien loin de cette barbarie, au contraire, les nègres Benguelles et Angolais doivent être
cités comme les plus musiciens, et sont surtout remarquables par l'industrieuse fabrication
de leurs instruments, tels que le marimba, la viole d'Angola, espèce de lyre à quatre cordes ;
le violon, dont le corps est un coco traversé par un bâton qui lui sert de manche, et auquel
est attachée une seule corde de laiton tendue par une cheville ; corde sur laquelle, par la
pression alternée du doigt, ils tirent deux sons variés avec un archet, espèce de petit arc ;
et l'oricongo enfin, que je représente. Cet instrument est composé d'une moitié de cale-
basse adhérente à un arc formé d'une baguette courbée par un fil de laiton tendu, sur lequel
on frappe légèrement.

   On peut, en même temps, étudier l'instinct musical du joueur, qui appuie d'une main la
calebasse sur son ventre à découvert, pour obtenir tout à la fois, par la vibration, un son
plus grave et plus harmonieux : cet effet, dans sa plus grande perfection, ne peut se com-
parer qu'au son d'une corde de tympanon, parce qu'il l'obtient en frappant légèrement sur
la corde avec une petite baguette tenue entre l'index et le médium de la main droite. (Voir
Planche des instruments)

   Ces troubadours africains, dont la verve peu châtiée est fertile en récits amoureux,
finissent toujours leurs naïfs couplet par quelques paroles lascives qu'ils accompagnent
encore d'une pantomime analogue : moyen infaillible pour faire hurler de joie tout l'audi-
toire nègre, et dont les applaudissements se compliquent de coups de sifflets, de cris aigus,
de contorsions et de gambades ; mais dont l'explosion n'est, heureusement, qu'instantanée,
parce qu'ils fuient aussitôt de toutes parts, pour se dérober à la répression des soldats de
la police, qui les poursuivent à coup de rotin.

Le dessin représente le malheur d'un vieil esclave nègre réduit à la mendicité. La cécité
a provoqué son émancipation : générosité barbare trop souvent répétée au Brésil par
l'avarice. Son petit conducteur porte une canne à sucre, aumône destinée à leur commune nourriture.

   Le second musicien joue du marimba, et par l'attraction de l'harmonie musicale rap-
proche son instrument de celui de son compagnon, sur lequel il lance un regard fixe et délirant.

   Le marimba, espèce d'harmonica, se compose de lames de fer fixées sur une planchette
de bois, et soutenues par un chevalet. Chacune de ces lames vibre en échappant à la
pression des pouces du joueur, qui les force à fléchir, et produit un son harmonique en se
redressant. Une portion d'énorme calebasse, approchée de la table d'harmonie de cet ins-
trument, lui prête un son beaucoup plus grave et à peu près semblable à celui d'une harpe.

Orphée africain
Le dessin original de Debret (1826)


Lire plus à propos de Debret: "Debret au Brésil, ou l'accomplissement d'une ambition", par Pol Briand (2000).
Retour à textes et documents historiques à propos de capoeira.


Un croquis de Debret

Un croquis de Jean-Baptiste Debret, conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, montre une danse, dont je ne suis pas parvenu à déchiffrer le nom.

croquis
Fragment d'un carnet de Debret (vers 1829).


Notes historiques écrites à Rio-Janeiro.

[annexées au tome III du Voyage Pittoresque et Historique au Brésil.


p. v

Événement qui troubla la tranquillité publique, à Rio-Janeiro, depuis le 10 jusqu'au 12 juin 1828.

La divergence des partis entretint, depuis, de sourdes et constantes manoeuvres ; et ce volcan politique, si l'on
peut dire, annonçait de temps à autre, par des bruits souterrains, ses prochaines éruptions, alimentées, d'un
côté, par l'infructueuses tentatives pour rétablir le pouvoir absolu, à l'aide du pouvoir militaire ; et de l'autre,
par de semblables essais, pour discréditer et changer la forme du gouvernement. Nous citerons, à se sujet, les
évênements de Rio-Janeiro, depuis le 10 jusqu'au 12 juin 1828.

En premier lieu, l'agiotage qui se faisait sur le change du papier-monnaie contre le numéraire, avait fait naître
un abus dans le décompte de la paye du soldat : en effet, quoique le trésor de l'État payât tout en métal, les
officiers comptables achetaient du papier pour payer le soldat, et celui-ci perdait ainsi plus de la moitié de sa
paye. En second lieu, les individus venus d'Allemagne comme colons, et pour la plupart entrés au service avec
un engagement de trois années seulement, se plaignaient avec justice d'être obligés de rester dans les rangs
presque indéfiniment, sous prétexte de la continuation de la guerre. Enfin, un troisième incident acheva la
catastrophe : ce fut la spéculation d'un agioteur, chargé d'amener à Rio-Janeiro une quantité prodigieuse de
familles indigentes de l'Irlande, et dont on ne sut que faire à leur arrivée. Beaucoup de ces malheureux mou-
rurent victimes du changement de climat, et les autres, errant dans les rues, vendaient leur pain de munition
pour acheter de l'eau-de-vie. Ivrognes et boxeurs, ils donnaient chaque jour l'exemple d'un nouveau désordre qui
non-seulement provoquait le rire des nègres, mais encore leur inspirait un certain mépris pour les blancs. Le gou-
vernement prit donc le parti de les loger aux casernes avec leur familles, dans l'intention d'en incorporer un grand
nombre dans la ligne. Mais bientôt toutes les vendas d'alentour (boutiques de marchands d'eau-de-vie et de
vin) devinrent le théâtre de rixes journalières, parce que, ne pouvant parler le portugais, chacune de leurs dis-
cussions se terminait toujours à coups de poing. Quelquefois aussi les gardes de la police furent obligés de
relâcher les délinquants, pour éviter d'en venir aux mains avec d'autres Irlandais armés de pierres, qui venaient
délivrer de force leurs compatriotes.

Le parti républicain saisit ce moment de juste indisposition dans l'esprit des militaires, sur lesquels comptait
le gouvernement, pour faire soulever les troupes étrangères ; espérant, par suite de ces désordres, demander
leur licenciement ; mesure infiniment préjudiciable au parti du trône. Mais il ne réussit qu'auprès de la troupe
irlandaise : les Allemands se contentèrent d'adresser des représentations respectueuses à l'empereur sur les abus
dont ils étaient victimes. Un acte de sévérité trop rigoureuse dans une punition disciplinaire avait, à la vérité,
provoqué une espèce de soulèvement dans la garde impériale allemande, casernée près de Saint-Christophe ; mais
la compagnie de garde auprès de l'empereur protesta aussitôt de son dévouement, et demanda par grâce de rester
en poste pour le défendre.

Au contraire, le même jour, les Irlandais commencèrent à se répandre sur la grande place de Campo de Santa-
Anna
, où était situé leur caserne, et y insultèrent toutes les personnes qui s'y trouvaient, faisant aussi quelques
démonstrations de pillage dans les boutiques ; d'autres, à coups de pierres, s'emparèrent d'armes du corps de
garde de la police, et firent feu sur le peuple qui les entourait.

A cette nouvelle, la garde brésilienne est sur pied et l'artillerie occupe l'embouchure des rues adjacentes à la
place, et tout est disposé pour cerner la caserne. La première décharge se fait à poudre seulement, pour les
terroriser (il était alors quatre à cinq heures de relevée); vers les six heures et demie, les assiégés font les préparatifs d'une
sortie ; un garde d'honneur entre au galop dans la cour pour les sommer de se rendre, et tombe mort à l'instant,
assailli par une fusillade. A ce signal, l'artillerie fait une décharge à mitraille, et le désordre commence dans
la caserne. Quelques Irlandais sortent armés pour se défendre, d'autres seulement pour fuir ; et, dans les cours,
ils s'entre-tuent, les plus acharnés s'opposent aux fuyards ; et pendant cette scène sanglante, la troupe brésilienne,
l'arme au bras, laisse le peuple maître de continuer cette guerre contre ceux qui sortent ! Combat inégal de
cinquante contre un, qui ressemblait à une chasse au sanglier.

C'est ainsi que pendant toute la nuit la populace, le flambeau à la main, s'amusa à chercher dans les jardins et
sur les hauteurs environnantes les Irlandais qui s'y cachaient. On voyait des petits nègres ou mulâtres, de l'âge de 10 à
12 ans, se jeter aux reins et aux jambes de ces misérables, et ne les quitter que lorsqu'on venait les achever à coups


p. vi

de bâton, de sabre ou de couteau. Ces hostilités finirent cependant au point du jour ; tous les Irlandais, restés
dans l'intérieur des casernes, se rendirent, et, réunis au milieu de la place du Campo de Santa-Anna, sous la
protection de la force armée, ils furent ainsi soustraits à la fureur de la populace. Enfin on ramassa les morts ; et
tout rentra dans l'ordre.

Le jeudi Sa Majesté vint à la procession de la Fête-Dieu.

A la nouvelle de ce premier désordre, les amiraux français et anglais s'étaient réunis près de l'empereur avec des
troupes de débarquement, ainsi que tous les officiers dans tous les corps militaires. Quant aux soldats allemands,
cernés par les troupes françaises, ils demandèrent à capituler et obtinrent de suite ce qu'ils avaient demandé.

Pour les Irlandais, ils furent embarqués, et le gouvernement anglais se chargea de les transporter au cap de
Bonne-Espérance : sous condition, toutefois, d'en faire payer les frais par le Brésil, avec toutes les facilités
qu'il désirerait.

Don Pedro se loua beaucoup de la marine française qui, au premier avis de ce trouble, et sans demande offi-
cielle, s'offrit à le soutenir avec tant de zèle.

Ce n'était pas malheureusement la dernière fois qu'il dut se louer de son dévouement.


Walsh sur le même sujet (in English).
Rego sur le même sujet (em português).
Notre synthèse sur le même sujet (en français et portugais)


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