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revu le 20 août 2006

Nègres qui vont être fouettés

Frederico Guilherme Briggs, jeune artiste né à Rio de Janeiro en 1813, publie dans cette ville vers 1832 une série de petites lithographies de personnages de rue. Dans Negros que vão levar açoutes (Nègres qui vont être fouettés), l'un des condamnés porte une pancarte capoeira.

3 nègres marchant vers la dr.,
l'un portant une pancarte 'capoeira', devant 2 soldats
Negros que vão levar açoutes
Briggs del.   Litho. R.B.   Rua do Ouvidor nº 118.
Source: Biblioteca Nacional, acervo de gravuras sobre escravatura.

À 19 ans, le jeune Frederico Guilherme Briggs s'associe au peintre et professeur de dessin français Édouard Philippe Rivière, installé à Rio depuis six ans, pour fonder une entreprise d'impression lithographique. On se servait de cette technique pour reproduire des étiquettes, des partitions, des dessins. Cette branche était encore neuve à Rio, et on peut penser que Briggs père, commerçant britannique établi au Brésil depuis 1809, put fournir le capital de départ pour une entreprise qui pouvait rapporter de bons bénéfices. Rivière, qui vivait de vente de peintures et de portraits, mais surtout, semble-t-il, de leçons de dessin données dans des écoles privées, apportait son expérience; c'est peut-être lui qui proposa une série de cartes décrivant les personnages de la rue, principalement les commerçants ambulants avec leurs cris d'appel caractéristiques dans le genre des très classiques Cris de Paris, vendus avec succès en France depuis le seizième siècle.

La série comporte ainsi Negro de ganho (nègre de louage) avec son chant créole Gambu fara cua Rinoua Rinoua de Balenco Cusoa muita aprender Lé, Lé, Lé, Landasa uhe, Negro comprador (nègre acheteur), Negro fujão (nègre fugueur) avec son fer au cou, Negro tocando marimba (nègre joueur de piano-à-pouces), Quitandeira (vivandière) portant son plateau sur la tête, Carroça d'Alfandega (charriot de la Douane), Marinheiro (marin), Huma simplicia (Une chose toute simple) montrant une femme blanche en robe d'apparat accompagné de deux suivantes, Negros que vão levar açoutes (nègres qui vont être fouettés), qui nous occupe ici, et plusieurs autres sans titre, représentant une procession, une vendeuse de fruits, un homme avec une capote d'herbes, un autre portant une truie.

Plusieurs artistes ont représenté le châtiment public par le fouet des esclaves à Rio de Janeiro. Debret 1835:II pl. 45 nous indique que le bourreau était un forçat, et le montre enchaîné de la même manière que le dernier des trois Nègres du dessin de Briggs. Rugendas 1827-34 d.4 pl.15, Earle et Landseer sont plus dramatiques et omettent ces chaînes; pour le dernier, le bourreau est un Blanc. Aucun de ces auteurs ne mentionnent le motif du châtiment. L'inscription 'capoeira' sur la pancarte nous étonne un peu. À qui pouvait-elle s'adresser? Les esclaves n'étaient pas supposés savoir lire. Mais Debret 1835:III pl. 21 a représenté une inscription s'adressant au peuple de la rue, sur un des pantins du Judas que l'on brûlait le Samedi Saint. La période de la Régence, pendant la minorité de l'empereur Pedro II, de la démission forcée de son père, en 1831, à 1840, fut assez agitée, avec de nombreux troubles de rue. Dans ce contexte, la répression des désordres provoqués par des Nègres pouvait faire partie du débat politique. Dans cette interprétation, la pancarte s'adresse aux électeurs, c'est-à-dire à des hommes déclarant un revenu annuel conséquent; les motifs des "nègres capoeiras", n'intéressent pas les factions politiques des Blancs, qui semblent toutes d'accord sur leur répression, mais divergent quant à l'organisation de la police et plus généralement de l'État. Les uniformes des soldats, l'un garde municipal, l'autre garde national ou fantassin de troupe de ligne, pourrait rapeller aussi ce débat.

La lithographie de Briggs, destinée à un large public, nous montre que le terme 'capoeira', utilisé comme incrimination par la police, était compris par les Brésiliens, même si son sens n'était défini par aucune loi. Le dessin associe l'infraction aux esclaves, puisque les libres n'étaient pas en principe fouettés, sauf les marins à bord des navires. Mais il ne nous aide pas à comprendre quelle sorte de désordre était cette 'capoeira', dont le Ministre de la Justice signale la prévention, dans son Rapport de 1833, parmi les tâches d'une police de Rio de Janeiro pour laquelle il réclame plus d'effectifs:

para previnir roubos, assassinios, desordens de negros capoeiras, e outras malfeitorias [...]

pour prevenir les vols, les assassinats, les désordres de Nègres capoeiras, et autres malfaisances [...]

Coutinho, Aureliano de Souza e Oliveira, Relatorio do Ministro da Justiça, Maio de 1834, pp.13-14, Brazilian Government Document Digitization Project.

Nous voilà assurés que le motif 'capoeira' n'implique pas des vols ou des assassinats, ni des insurrections politiques ou d'esclaves, qui sont traités en d'autres endroits du rapport. En dehors de ça, nous ne sommes pas plus renseignés.


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Frederico Guilherme Briggs (1813 - 1870)

Frederico Guilherme [Frederick William] Briggs, peintre, lithographe et dessinateur brésilien né à Rio de Janeiro en 1813, mort dans la même ville en 1870.

Fils d'un commerçant anglais installé à Rio dès 1809, il commença ses études artistiques à l'Academia Imperial das Belas Artes, suivant les cours d'architecture de Grandjean de Montigny (1776 - 1850) et de peinture de paysages de Félix Taunay (1795 - 1881); il participa aux Expositions de cette institution en 1829 et 1830 (Debret 1835:III-100..101). En 1832, il s'associa à l'artiste français Edouard Philippe Rivière pour fonder la Lithographie Rivière et Briggs. En 1836, il partit à Londres afin d'approfondir ses connaissances en lithographie à l'atelier Day & Haghe où, il dessina l'année suivante le Panorama da Cidade do Rio de Janeiro et la Folhinha Nacional Brasileira para o Ano de 1837. Puis il retourna à Rio de Janeiro où il dirigea en 1839 la publication du périodique Caricaturista, illustré par Porto Alegre (1806 - 1879). L'année suivante, Briggs imprima une série de caricatures attribuées à Rafael Mendes de Carvalho (1817 - 1870), ainsi qu'une série de 50 illustrations qui seraient de Joaquim Lopes de Barros Cabral. Ces travaux se distinguent par la reproduction, sous différents angles, de la ville de Rio de Janeiro et sont rassemblés dans l'album Costumes Brasileiros édité en 1840.

En 1843, Briggs s'associa au lithographe prussien Peter Ludwig (ca.1814 - 1876) dans la Lithographie du Commerce de Ludwig et Briggs. Briggs y réalisa en 1845 quelques pages à en tête pour le périodique Ostensor Brazileiro: Jornal Literário e Pictorial et y édita l'album The Brazilian Souvenir: a Selection of the Most Peculiar Costumes of the Brazil en 1846. Certaines illustrations présentées dans cet ouvrage se trouvent dans la publication Brazil and the Brazilians Portrayed in Historical and Descriptive Sketches, Philadelphie (Etats-Unis), 1857.

Oeuvres: consulter la collection digitale de la bibliothèque nationale de Rio de Janeiro: gravures et dessins.

Bibliographie


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