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Association de capoeira PALMARES de Paris.

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par Pol Briand

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Révision: 3 juillet 2004

A propos des droits d'auteur et d'internet

De fait, le droit d'auteur s'oppose à l'amélioration de l'information sur la capoeira.

Nous avons entrepris de publier sur Internet des textes anciens intéressants pour les capoeiristes. Nous souhaitions donner aux personnes éloignées des grandes bibliothèques la possibilité de consulter directement les ouvrages originaux cités par les auteurs modernes. Par la même occasion, nous fournirions aux Brésiliens les textes français et parfois anglais de livres qui ne leur sont généralement accessibles qu'en traduction. Nous espérions qu'en retour, d'autres mettraient à la disposition du public les ouvrages à leur portée.

Il se trouve que les publications renfermant des informations sur la capoeira, et sur l'histoire populaire en général, sont rares avant la première guerre mondiale. L'intérêt pour la capoeira peut se classer aux rubriques folklore, sport, tourisme, ethnologie sociale ou musicologie. Tous ces domaines sont apparus au Brésil au cours de la dernière partie du 19ème siècle et du début du 20ème. Auparavant, seul l'artiste Rugendas avait donné quelques détails sur la capoeira. Sa curiosité envers les habitants de l'intérieur et des Nègres du Brésil avait été éveillée par les théories du philosophe Herder selon lesquelles le fond du caractère national se trouve dans les couches populaires de la population et non parmi les élites cosmopolites. Ce précurseur ne fut pas suivi. Presque tous les ouvrages, parmi ceux qui fournissent des détails, qui rendent compte de traditions orales, ont été écrits par des auteurs décédés après 1932. Ils sont donc couverts par les réserves du droit d'auteur.

Or, ce ne sont pas en général des livres ou des revues que l'on trouve en librairie ou en bibliothèque, même dans une grande ville comme Paris. Les documents étant rares, ceux qui ont le privilège d'en avoir rencontré ont tendance à prendre de haut ceux qui sont privés de cette chance. Des escrocs de toute sorte appuient des opinions fondées sur leurs intérêts politiques et personnels sur des citations prétendues d'ouvrages introuvables. La divulgation de l'information par oui-dire favorise la diffusion de légendes, une façon poétique d'exprimer des sentiments partagés qui, prise au pied de la lettre, peut mener à des impasses. Enfin, les polémiques qui ont entouré la progressive et relative acceptation de la capoeira depuis les années 1920, ainsi que les stratégies diverses des différents groupes actuels, ont donné et donnent naturellement lieu à des interprétations variées de son histoire. Ceux qui n'aiment pas suivre aveuglément les opinions reçues, et ceux qui désirent, au delà de l'incrédulité généralisée que suscitent les contradictions flagrantes entre les divers discours reçus, se faire une opinion réfléchie, devraient pouvoir lire les articles et livres les plus souvent cités. Il y aurait d'autant plus d'intérêt à mettre leurs textes sur Internet, afin que ces documents soient accessibles. Le droit d'auteur bloque cette mise à disposition.

La collectivité capoeiriste a-t-elle intérêt à continuer à vivre ainsi dans l'oralité, les textes étant légalement indisponibles et surtout pratiquement introuvables? Nous ne saurions émettre d'opinion à ce sujet. Peut-être la fluidité de la capoeira, son pouvoir d'adaptation, sa façon de s'envisager à la fois comme technique et comme esthétique, comme lutte et comme élégance, comme jeu d'astuce et jeu de corps, comme musique et comme tactique, peut-être ces caractères qui la rendent si originale et captivante sont-ils en rapport avec l'inexistence, en pratique, d'un ensemble de textes qui, pour ainsi dire, "feraient jurisprudence". On dit que les druides, en Gaule, voulaient que le savoir soit transmis seulement de maître à disciple, sans se figer dans les livres ; que Socrate ne voulait pas qu'on écrivît la philosophie, dont il croyait que l'apprentissage ne pût se faire que par le dialogue. Tout ceci pourrait s'appliquer à la capoeira. Nous avons, pour notre part, distingué depuis longtemps la capoeirologie de la capoeira. Repéter n'est pas comprendre, parler n'est pas faire.

Il est pourtant de fait que depuis une centaine d'années, il s'est beaucoup écrit sur la capoeira. Ces écrits n'ont pas manqué d'exercer une influencer sur ceux qui discourent aujourd'hui, court-circuitant la transmission orale, pratique et personnelle des leçons des capoeiristes. Pourquoi ne pas les reproduire directement, tels quels ou accompagné d'un bref commentaire précisant la date et les circonstances de leur parution? Ce sont, très souvent, des articles ou des chroniques dont les auteurs ne pensaient pas s'adresser à des lecteurs au delà de leur pays et de leur époque, et nous ne nous intéresserions pas à eux, à une ou deux exceptions près, si ils n'avaient pas, quelquefois en une seule occasion, témoigné de la capoeira. Presque toujours, ils écrivaient pour la gloire et non pour l'argent : ce serait donc une satisfaction posthume à leur accorder que de leur témoigner l'intérêt que nous éprouvons pour un aspect de leur travail. Dans quelques cas, le versement de redevances pour la publication pourrait être une aide pour eux ou pour leurs descendants. Mais comment leur faire revenir cet argent? Nous n'arrivons déjà pas à nous procurer des livres publiés au Brésil avec quelque publicité, dont témoignent les annonces sur internet. Comment une édition spécialisée pourrait-elle parvenir jusqu'à nous? En pratique, actuellement, tout le monde photocopie, à la première, seconde, troisième génération. En France, une redevance est prélevée sur les photocopies, répartie entre les auteurs français ou étrangers publiés dans le pays : elle ne profite en rien aux auteurs dont nous nous occupons, qui ne sont pas du nombre.

Carence du "droit d'auteur"

Quand le "droit d'auteur" fut créé, au début du 19ème siècle, il avait pour objet de transformer la littérature d'activité de loisir de nobles oisifs en industrie rentable, et aussi, en affranchissant les auteurs des tracas de l'exercice d'une autre profession ou de la séduction d'un mécène, de lui donner l'autonomie qui permettrait de la faire progresser en qualité. La situation actuelle que ce droit crée par rapport aux ouvrages traitant de la capoeira ou abordant le sujet est loin d'atteindre à ces buts.

Les opinions que nous prétendons défendre ici sont que le "droit d'auteur" tel qu'il existe actuellement

  1. est peu équitable : il accorde un privilège sans rapport avec la valeur de l'ouvrage;
  2. constitue plus un obstacle à la création qu'un encouragement;
  3. s'oppose à l'amélioration de la qualité des textes sur la capoeira;
  4. les sociétés créees pour sa défense s'opposent artificiellement à la diffusion du savoir.

1. Le "droit d'auteur" est injuste.

L'ouvrage d'un jeune enthousiaste de vingt ans sera protégé pendant cent trente ans (souhaitons-lui de vivre jusqu'à quatre-vingts ans, cela fait soixante ans d'exclusivité, auxquels s'ajoutent soixante-dix ans après sa mort) ; tandis que les manuscrits du vénérable mestre Pastinha, publiés dix ans après sa mort, ne seront protégés que pendant soixante ans.

Le travail le plus précieux est celui auquel la loi accorde la moindre protection théorique.

2. Le "droit d'auteur" s'oppose à la création.

L'existence du "droit d'auteur" nous contraint à considérer la communauté des personnes intéressées par la capoeira comme un marché. Ce marché est aujourd'hui dispersé dans le Brésil et dans le monde entier. Cette dispersion empêche, en pratique, la diffusion des ouvrages sur papier, en rendant les frais de transport et de retour de l'argent largement supérieurs au prix du livre. En outre, dans le circuit des librairies et bibliothèques, le faible nombre de lecteurs par unité de territoire rend l'achat du livre improbable.

Il n'existe aucune méthode alternative de financer un travail d'écriture, ni de mesurer les répercussions d'un ouvrage mis à la disposition du public sur l'internet. Les règles actuelles du "droit d'auteur" dissuadent d'écrire.

3. Le "droit d'auteur" est un obstacle à l'amélioration qualitative des textes.

S'il se trouve que le titulaire des droits de l'ouvrage d'un auteur décédé est un croyant évangélique qui désire censurer la capoeira, il est en mesure légalement d'interdire la publication, quelle que soit sa valeur pour la communauté capoeiriste du défunt.

Que penser des ouvrages nouveaux sur le sujet, si, pour la plupart des auteurs potentiels les ouvrages de référence sont inaccessibles? De nombreux étudiants, ces temps-ci, tentent de concilier les méthodes académiques avec un sujet qui leur plaît, en écrivant des dissertations sur la capoeira : leurs bibliographies représentent, plus que leur directions de recherche, l'indigence des bibliothèques qui leur sont accessibles.

4. les sociétés de défense du "droit d'auteur" créent des obstacles artificiels.

Comme nous l'avons indiqué, dans de très nombreux cas, les auteurs ou leurs héritiers ne pourraient voir que des avantages à la diffusion gratuite des œuvres. S'ils n'en tiraient pas de revenu, du moins pourraient-il voir grandir leur prestige. Dans la situation actuelle, le plagiat et la paraphrase effacent le mérite des auteurs originaux.

Mais ceux qui estiment raisonnablement que la publication de quelques pages serait de l'intérêt commun, et agissent en conséquence, s'exposent à des poursuites de la part des Sociétés spécialisées, qui cherchent à garantir le monopole des auteurs, jusqu'à la limite de temps imposée par la loi. Des bibliothèques avaient mis en ligne, dans des domaines sans rapport avec le nôtre, des textes introuvables, mais théoriquement encore couverts par le monopole d'auteur, ont été contraints de les retirer.

Comment sortir de l'impasse?

Nous n'avons pas de remède à cette triste situation. Il nous faut bien reconnaître que ce que l'on appelle le droit d'auteur s'oppose à celui du public à l'information et à la connaissance; et dans ce conflit, le groupe compact des éditeurs et libraires, fort bien introduit dans les milieux politiques, jouit de plus influence que la communité diffuse des lecteurs. Pourquoi ne pouvons nous pas pratiquer, au moins en ce qui concerne ces articles de journal et de revue, comme le font les musiciens, qui ont toute liberté pour interpréter toute musique de leur choix, pourvu qu'ils payent, s'il y a lieu, une redevance à une caisse de répartition? L'avarice mesquine des éditeurs seule s'y oppose.

La seule proposition que nous pourrions faire, en dehors de la poursuite des pratiques actuelles, serait de nous lancer dans une activité de micro-édition, nous engageant auprès des titulaires des droits qui voudraient bien nous confier, sous forme de fichiers, leurs ouvrages, à ne les fournir que sous forme imprimée à des lecteurs français ou européens, que des considérations pratiques n'empêcheraient pas de payer et de recevoir les ouvrages par courier, et à faire remonter l'argent dès que le montant en serait suffisamment conséquent pour que les frais bancaires ne forment pas une part trop excessive de la transaction. Mais quelqu'un s'intéresse-t-il à ce genre d'entreprise? Ceux parmi les capoeiristes qui veulent transmettre quelque chose à la communauté peuvent le faire en ligne, sans exiger d'autre contrepartie que celle d'être cités, comme il est bien normal.

Un exemple

Penchons-nous un instant sur le cas de Monteiro Lobato, intimement lié au sujet, puisque cet auteur fut le premier à expérimenter la pratique du droit d'auteur au Brésil, ces droits y ayant été introduits en 1919, à peu près au moment où il écrivait pour le quotidien O Estado de São Paulo sa chronique à propos du foot-ball et de la capoeira, "O 22 da Marajó". Peu après, Monteiro Lobato fonda la première maison d'édition brésilienne, et intégrera sa chronique dans le recueil "A Onda verde", de 1921. L'édition suivante est celle du volume 5 des oeuvres complètes publiées en 1954, six ans après la mort de l'auteur. A notre connaissance il n'y en a pas d'autres; toutes sont épuisées; aucune ne se trouve dans une bibliothèque publique parisienne. Il s'agit d'un auteur de valeur littéraire reconnue, et il semble que les héritiers soient en litige à propos de la réédition d'oeuvres complètes. La chronique est donc parfaitement inaccessible pour un français. La loi nous interdit de la publier, jusqu'à soixante-dix ans après la mort de l'auteur, en 2018, soit presque cent ans après la première publication. Qu'on nous pardonne de passer outre.

Paris, jeudi 31 octobre 2002/rev. samedi 3 juillet 2004.

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